Au cours d'une soirée organisée par la firme pour laquelle il
travaille, un jeune et brillant physicien, Seth Brundle (Jeff Goldblum),
fait la connaissance de Veronica Quaife (Geena Davis), une
journaliste. Il l'emmène dans son appartement-atelier, et lui fait
découvrir les appareils de téléportation sur lesquels il travaille
en secret depuis plusieurs années. Pour l'instant, ses réussites
expérimentales ne concernent que les objets. Mais son rêve est, bien
sûr, de téléporter des êtres vivants. Le premier essai, avec un
singe, se révèle catastrophique. Mais bientôt, le succès est là.
Une nuit, déprimé par l'absence de Veronica, il décide de tenter
l'expérience sur lui-même. Tout se déroule apparemment sans
anicroche...
Après quelques créations du genre "Frissons"
et "Rage", qui tenaient encore du
petit film gore primaire et fauché, David Cronenberg passe à la
vitesse supérieure, si l'on peut dire, avec "Dead
Zone" et tois ans plus tard avec cette célèbre
"Mouche" devenue culte. Dans le drame de John Smith, le
réalisateur explorait l'univers mental métamorphosé d'un humain
physiquement "normal". Dans le cas de Seth, il explore celui
d'un être totalement transfiguré matériellement. Le sujet qui, sur
le papier, n'aurait pas laissé augurer grand chose de bon, se
révèle au final une parabole profondément poignante sur les dangers
de l'expérimentation scientifique aveugle. Et, surtout, ce qui ne
semblait pas acquis non plus, une tragédie humaine qui modernise,
avec une efficacité et une intensité bouleversantes, le mythe de
"La Belle et la Bête", sans
jamais sombrer dans le ridicule. Le mérite en revient en grande
partie au réalisateur, qui réussit l'exploit de rendre aussi
spectaculaire que crédible la transfiguration physique et psychique
de son personnage. Mais aussi à Jeff Goldblum dont l'humour
désespéré et la conscience de son amour déliquescent demeurent
inoubliables, sans omettre la performance du maquilleur qui, bien
avant l'arrivée des effets spéciaux numériques, a réussi un tour
de force exceptionnel. Tout dans cette oeuvre prouve qu'il n'est nul
besoin de scénarios alambiqués, de déferlements de sauvageries, de
cataractes d'événements spectaculaires, pour donner naissance à un
drame fantastique tétanisant.