Schneider
Daniel Auteuil) est un flic marseillais devenu une épave à la suite
d'un mystérieux drame survenu quelques années auparavant. Il se saoule
à longueur de journées, et, occasionnellement, détourne les autobus
lorsqu'il désire changer de destination. Eu égard à ses services
antérieurs, il n'est pas radié, mais seulement déplacé de la crim. au
service des plaintes nocturnes. Néanmoins, il s'intéresse à
l'assassinat d'une femme richissime qui vivait à Cassis.
L'atmosphère de "36, quai des Orfèvres"
n'était pas spécialement enjouée, mais ici Olivier Marchal n'y va pas
avec le dos de la cuiller et frappe décidément très fort. A côté de
Schneider, qui descend les bouteilles de whisky avec constance et se
déplace comme un vieillard octogénaire, le Martin Riggs, dépressif et
suicidaire de "L'arme fatale"
ressemble à un joyeux drille ! C'est d'ailleurs tout le film qui baigne
dans une noirceur crépusculaire, aussi bien dans les faits que dans la
galerie des personnages qui semblent tout droit sortis de gouffres
infernaux. Pluies diluviennes, décors sordides, meurtres barbares,
désespoirs en rafales, il n'y a pas un éclair de lumière qui parvienne
à s'insérer dans un monde cloaqueux où criminels, tout aussi bien que
flics, d'ailleurs, sont des brutes, des lâches, des vendus, des
impuissants, ou des tarés. Le point commun entre tous ces êtres est
qu'ils se montrent désespérément incapables de (re)prendre la maîtrise
de leur vie. Ils se vautrent dans la fange avec une obstination qui
finit par paraître suspecte. L'excès dans lequel semble se complaire le
réalisateur finit par décridibiliser cette suite de tragédies
qui, prises individuellement, séparées les unes des autres,
susciteraient une compassion évidente. Mais trop, c'est trop, et même
si quelques fugaces moments sont sobrement poignants (en particulier
lorsqu'intervient la touchante Justine d'Olivia Bonamy), même si le
film se clôt sur une poussée de vie, ce n'est pas cette fragile
étincelle que l'on retiendra, mais un maëlstrom de noirceurs à
l'hypertrophie débridée.
> Le film sur IMDB.com