Mr Jones (Richard
Gere) est un homme bavard,
charmeur, mais quelque peu disjoncté. Il est amené à l'hôpital après
avoir joué l'oiseau sur une poutre d'échafaudage à 20 mètres du sol. Il
fait connaissance d'une psychiatre, Elizabeth 'Libbie' Bowen (Lena
Olin). Libéré le lendemain, il fait scandale le soir même en
interrompant l'exécution de la 9ème symphonie de Beethoven. Il passe en
jugement, mais, contre l'avis du médecin, la juge le laisse en
liberté...
Un point est indéniable ! Les psychiatres (femmes) américains sont
d'une redoutable efficacité. Prenez l'exemple de Susan Lowenstein
(Barbra Streisand) dans "Le Prince des marées" : quelques séances, un poil de tendresse
et voilà ce brave traumatisé de Tom Wingo (Nick Nolte) qui
retrouve la voie de la sérénité. Ici, même réussite, bien que les
méandres du scénario n'empruntent pas tout à fait des chemins
semblables. On ne saura rien de ce mystérieux Mr.Jones, rien de ce qui
a causé ses perturbations caractérielles. Il expose simplement ses
troubles comportementaux : souvent attachant, hyperactif, beau
parleur, exalté, prêt à dévorer le monde ; puis, le rideau tombe et
c'est la prostration qui envahit son être, le faisant approcher
toujours plus près du saut définitif dans le vide. Un rôle en or pour
Richard Gere qui joue très habilement de son charisme, de son charme
inaltérable ou, à l'opposé, d'un enfoncement taciturne dans des abîmes
inconnus. Si l'on accepte de laisser de côté l'aspect thérapeutique,
superficiel, et que l'on se recentre sur cette touchante
personnalité d'un être sensuel, idéaliste, qui marche
constamment sur le fil du rasoir de la normalité, on peut prendre un
plaisir indéniable à cette tragi-comédie. Qui a, de plus, le
bon goût d'éviter le cabotinage qui la menaçait. Il faut dire que Lena
Olin, toute en finesse et retrait, est pour beaucoup dans le charme qui
se dégage de cette oeuvre attachante.