Muriel (Toni Collette) vit avec ses
parents, Betty (Jeanie Drynan) et Bill (Bill Hunter), ainsi que ses
frères et soeurs, dans une petite ville australienne, Porpoise Spit. Si
le père possède une certaine notoriété dans la cité, le reste de la
famille est pour le moins absent de la scène professionnelle ou
sociale. Les enfants, obèses, se vautrent sur le canapé devant la
télévision à longueur de journées, et Muriel, qui tente désespérément
de briller dans la société, en compagnie de jeunes filles de son âge,
cumule les vexations avec une régularité confondante. Au cours du
mariage de Tania Degano (Sophie Lee), elle trouve même le moyen de se
faire arrêter pour vol d'une tenue vestimentaire, qui plus est,
totalement déplacée ! Bien décidée à changer de vie après avoir été
éjectée du groupe féminin qu'elle s'obstinait à intégrer, elle se rend
à Sydney après avoir détourné douze mille dollars du compte de ses
parents. Elle rencontre une amie de classe, Rhonda (Rachel Griffiths),
dévoreuse d'hommes, et trouve un poste dans un vidéo-club...
Si
l'affiche (tout au moins celle qui ornait le Laser Disc), laisse penser
que nous allons assister à une joyeuse comédie légère comme nous en
sort régulièrement Hollywood, la réalité vient rapidement mettre fin à
cette double illusion. La gaieté, certes présente en filigrane, n'est
qu'une apparence vite balayée par les expériences de la vie : que ce
soit chez Muriel (remarquablement incarnée par Toni Collette qui fut
révélée à cette occasion), ou chez ses amies pimbèches, l'euphorie
repose sur des bases tellement artificielles et préfabriquées qu'il
suffit d'un courant d'air pour faire retomber le soufflé ! Quant à la
légèreté, elle n'est que la façade pailletée qui est bien en peine de
masquer la souffrance intérieure des personnages. Il est assez
exceptionnel de noter que tous les protagonistes, sans exception, sont
des êtres dramatiquement atteints. Pas un seul n'échappe à la morosité
générale. De la pauvre Muriel, quêtant désespérément une reconnaissance
de sa valeur, à l'émouvante Rhonda, en passant par David Van Arckle
(Daniel Lapaine), prêt à tout pour devenir champion olympique, Bill,
nageant sur le nuage rose d'un poste de gouverneur raté d'un cheveu, le
clan des garces, Brice (Matt Day), Betty l'épouse écrasée, ou même
Deirdre Chambers (Gennie Nevinson), sans parler des frères et soeurs,
particulièrement gratinés, tous se débattent dans un cloaque déprimant
et ont bien de la difficulté à maintenir une narine hors de la fange !
Et, miracle incompréhensible, le réalisateur parvient à donner une vie
intense à tout ce petit monde, sans que le désespoir parvienne à noyer
l'ensemble. Il faut dire que le duo Toni Collette - Rachel Griffiths
est, pour une grande part, responsable de ce bouillonnement tour à tour
pittoresque, délirant ou poignant. Moins jubilatoire et brillant que "4 Mariages, un enterrement",
moins prosaïque que "Le mariage de mon meilleur ami" du même
réalisateur, cette oeuvre trouve une place très personnelle dans le
monde des comédies dramatiques, et offre une réflexion simple mais
intelligemment conduite sur le désir absurde et extravagant de se créer
une personnalité artificielle.