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" Muriel ",  

( Muriel's  Wedding ),        1994,

de : P.J.  Hogan, 

avec : Toni Collette, Sophie Lee, Bill Hunter, Belinda Jarrett, Rosalind Hammond, Rachel Griffiths, 

Musique : Peter  Best

*******

    

    Muriel (Toni Collette)  vit avec ses parents, Betty (Jeanie Drynan) et Bill (Bill Hunter), ainsi que ses frères et soeurs, dans une petite ville australienne, Porpoise Spit. Si le père possède une certaine notoriété dans la cité, le reste de la famille est pour le moins absent de la scène professionnelle ou sociale. Les enfants, obèses, se vautrent sur le canapé devant la télévision à longueur de journées, et Muriel, qui tente désespérément de briller dans la société, en compagnie de jeunes filles de son âge, cumule les vexations avec une régularité confondante. Au cours du mariage de Tania Degano (Sophie Lee), elle trouve même le moyen de se faire arrêter pour vol d'une tenue vestimentaire, qui plus est, totalement déplacée ! Bien décidée à changer de vie après avoir été éjectée du groupe féminin qu'elle s'obstinait à intégrer, elle se rend à Sydney après avoir détourné douze mille dollars du compte de ses parents. Elle rencontre une amie de classe, Rhonda (Rachel Griffiths), dévoreuse d'hommes, et trouve un poste dans un vidéo-club...

    Si l'affiche (tout au moins celle qui ornait le Laser Disc), laisse penser que nous allons assister à une joyeuse comédie légère comme nous en sort régulièrement Hollywood, la réalité vient rapidement mettre fin à cette double illusion. La gaieté, certes présente en filigrane, n'est qu'une apparence vite balayée par les expériences de la vie : que ce soit chez Muriel (remarquablement incarnée par Toni Collette qui fut révélée à cette occasion), ou chez ses amies pimbèches, l'euphorie repose sur des bases tellement artificielles et préfabriquées qu'il suffit d'un courant d'air pour faire retomber le soufflé ! Quant à la légèreté, elle n'est que la façade pailletée qui est bien en peine de masquer la souffrance intérieure des personnages. Il est assez exceptionnel de noter que tous les protagonistes, sans exception, sont des êtres dramatiquement atteints. Pas un seul n'échappe à la morosité générale. De la pauvre Muriel, quêtant désespérément une reconnaissance de sa valeur, à l'émouvante Rhonda, en passant par David Van Arckle (Daniel Lapaine), prêt à tout pour devenir champion olympique, Bill, nageant sur le nuage rose d'un poste de gouverneur raté d'un cheveu, le clan des garces, Brice (Matt Day), Betty l'épouse écrasée, ou même Deirdre Chambers (Gennie Nevinson), sans parler des frères et soeurs, particulièrement gratinés, tous se débattent dans un cloaque déprimant et ont bien de la difficulté à maintenir une narine hors de la fange ! Et, miracle incompréhensible, le réalisateur parvient à donner une vie intense à tout ce petit monde, sans que le désespoir parvienne à noyer l'ensemble. Il faut dire que le duo Toni Collette - Rachel Griffiths est, pour une grande part, responsable de ce bouillonnement tour à tour pittoresque, délirant ou poignant. Moins jubilatoire et brillant que "4 Mariages, un enterrement", moins prosaïque que "Le mariage de mon meilleur ami" du même réalisateur, cette oeuvre trouve une place très personnelle dans le monde des comédies dramatiques, et offre une réflexion simple mais intelligemment conduite sur le désir absurde et extravagant de se créer une personnalité artificielle. 

Bernard  Sellier

  

 

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