Mike
Laszlo (Armin Mueller Staehl) est un Hongrois qui a émigré aux
Etats-Unis à la fin de la seconde guerre mondiale. Sa fille, Ann
(Jessica Lange) est devenue une brillante avocate. Un jour, Mike reçoit
un courrier gouvernemental l'informant qu'il est accusé d'avoir menti
pour obtenir sa carte de résident, quarante ans plus tôt et, ce qui est
plus grave, de crimes de guerre commis dans son pays à la fin de 1944.
Sa fille accepte de le défendre, persuadée qu'il s'agit d'une erreur de
nom. Mais, petit à petit, de multiples témoignages commencent à
ébranler sa certitude...
Treize ans avant "Amen", Costa-Gavras abordait déjà les atrocités
nazies, mais d'une manière radicalement différente. Dans son dernier
film, si le point de départ est le drame intérieur vécu par Kurt
Gerstein, il se dilue rapidement dans l'or des salons du Vatican, les
démarches en haut lieu, le maniement de la langue de bois entre
dignitaires puissants. De ce fait, il vire, malheureusement, à
l'abstraction. Dans "Music box", le spectateur est directement plongé
au coeur du drame individuel d'une famille qui pourrait être la nôtre.
La souffrance de cette jeune femme, toute emplie de confiance et
d'admiration envers ce père idéal qui s'est sacrifié pour élever seul
ses deux enfants, et qui découvre soudain, au fond de son être, le
spectre du doute, entre facilement en résonance avec nos propres
questionnements, sentiments, envers nos parents. Elle est
l'illustration du fait, horrible, mais humain, que nous sommes toujours
plus sensibles à la mort (qu'elle soit réelle ou symbolique) d'un être
proche, qu'à celle de millions de personnes
inconnues.
Costa-Gavras a choisi, délibérément sans doute, la voie d'une sobriété
totale. Il a écarté de toutes les scènes du procès, des dépositions
abominables des survivants, toute extériorisation émotionnelle
excessive, toute manifestation théâtrale, et l'ensemble de l'oeuvre, si
l'on excepte la scène finale, baigne dans une certaine froideur qui
peut surprendre au départ, mais se révèle, au bout du compte, digne et
opportune. Armin Mueller Staehl et Jessica Lange sont en adéquation
parfaite avec ce choix du réalisateur, qui, par son objectivité
distanciée, laisse au spectateur le choix d'observer les faits de
l'extérieur ou de plonger avec Ann dans le drame bouleversant de la
"mort" du père.