Nick Tellis (Jason Patric) est
un flic infiltré parmi les narco-trafiquants. Au cours de la poursuite
d'un dealer, il blesse une jeune femme enceinte qui perd son bébé.
Dix-huit mois plus tard, alors qu'il a quitté la police et vit
d'allocations chomage avec Audrey (Krista Bridges) et leur fils, il est
contacté par ses anciens supérieurs pour reprendre l'enquête sur
l'assassinat de Michael Calvess (Alan van Sprang), policier lui aussi
infiltré. Il finit par accepter mais impose la participation, à ses
côtés, de l'inspecteur Henry Oak (Ray Liotta), enquêteur démis de sa
fonction pour violences...
Noir de chez noir ! Cette oeuvre haletante, dramatique, par moments
horrifique, saisit le spectateur dès les premières secondes où l'on
assiste à une course poursuite filmée comme un documentaire, jusqu'à
un dénouement qui laisse un goût plus qu'amer et âcre devant ce qui
n'est une victoire pour personne. Proche, par l'atmosphère glauque et
le réalisme sauvage des personnages, de "Training
day", le récit dissèque avec une brutalité primaire et une
justesse de tous les instants une incursion dans le magma des drogués
où représentants de l'ordre, trafiquants et consommateurs sont aussi
différents dans leurs psychologies et leurs comportements que deux
vrais jumeaux ! Portée par un souffle incendiaire, une énergie
permanente qui ne s'apaise que quelques minutes pour laisser entrevoir
une lueur d'humanité chez l'un des protagonistes, la narration doit
énormément aux deux acteurs principaux, qui se fondent dans la peau de
ces flics à la limite de la paranoïa avec une authenticité
époustouflante. Jason Patric, sorte de cousin germain physique et
spirituel de "Serpico", est d'une sobriété linéaire
hypnotisante. Quant à Ray Liotta, au regard naturellement inquiétant
et particulièrement à son aise dans des rôles de psychotiques (voir
par exemple "Obsession
fatale"), empâté,
massif, méconnaissable, , il campe ici, avec une acuité poignante, ce
flic ambigu qui noie dans la violence son désarroi intérieur. Absence
totale d'esbroufe et de superflu, tempéraments ambigus, incontestable
rigueur des séquences, récit tendu jusqu'à l'extrême rupture, voilà
un polar maîtrisé, infernal, pervers et passionnant.