Alexandre Arnaud 'Alex' Beck (François Cluzet) est pédiatre. Lors d'un
séjour au bord du lac Charmaine, sa femme, Margot (Marie-Josée Croze)
disparaît. Son corps est retrouvé, mutilé, quelques jours plus tard
et identifié par le Capitaine de Gendarmerie Jacques Laurentin (André
Dussollier), père de la morte. Le présumé coupable, un tueur en
série, est arrêté peu après. Huit ans plus tard, Alex n'a pas
vraiment repris goût à la vie. Il entretient une vague liaison avec Hélène
Perkins (Kristin Scott Thomas), mais le coeur n'y est pas. Un soir, il
reçoit sur son portable un mail anonyme. Après avoir cliqué sur le
lien, il découvre avec stupeur une video dans laquelle apparaît
furtivement une femme qui semble être Margot...
Les thrillers à la française, réussis, ne sont pas légion. C'est
donc avec une gourmandise certaine et un espoir légitime que l'on
aborde cette tragédie ténébreuse. Au final, il faut reconnaître que
l'enthousiasme est limité. Au nombre des éléments positifs, s'impose
en premier lieu le choix de François Cluzet (qu'il fut pourtant
difficile de faire admettre, n'étant pas classé dans la catégorie des
acteurs "pompes à fric"). Homme brisé, à la fois sensible,
faible, et pourtant déterminé, il donne à son personnage une
intensité et une humanité indéniables. Le reste de la distribution
est à l'avenant. La qualité des comédiens, associée à une
caractérisation souvent détaillée et fine des tempéraments, offre au
drame personnel d'Alex un écrin riche et multiforme.
Très grossièrement, il est possible de classer la narration des
thrillers de ce type en deux catégories. La première construit le
suspense en sinusoïde, avançant avec une hypothèse "x" dans
une première direction, se cognant contre un mur, repartant dans une
deuxième avec une hypothèse "y", etc... Jusqu'à
l'apothéose finale. La seconde, qu'ont manifestement choisie Harlan
Coben, l'auteur du roman, et Guillaume Canet, consiste à empiler les
mystères, à entasser les événements incompréhensibles, sans
quasiment fournir aucune explication en cours de route. Un peu à la
manière d'un alpiniste qui gravirait la montagne un bandeau sur les
yeux, pour découvrir, à l'ultime seconde, le panorama espéré. Le
dénouement, dans ce cas, se doit d'éclaircir avec virtuosité et
sublimité l'ensemble des tunnels énigmatiques qui ont émaillé le
parcours. Un des exemples les plus réussis dans le genre est sans
conteste "Sixième Sens"
de M. Night Shyamalan. La difficulté de cette voie est d'offrir un
bouquet final dont le grandiose soit à la mesure des innombrables
angoisses que les péripéties ont accumulées pendant cent vingt
minutes. Si le bouquet final est seulement moyen, l'ensemble du soufflé
retombe. Sans aller jusqu'à dire que c'est le cas ici, disons qu'une
certaine déception pointe le bout de son vilain nez. Sans doute
l'attente avait-elle été trop intense au vu des rebondissements
dramatiques. Peut-être l'influence des tensions et enjeux extrêmes que
nous offrent les séries américaines du genre "24
Heures" est-elle aussi responsables de notre exigence. Toujours
est-il que l'explicitation finale, malgré son intelligence, ramollit la
dramaturgie de l'ensemble, fragilise la vraisemblance générale, et
nous ferait presque dire : "Quoi ? C'était (seulement)
ça..." Décidément, il y a des jours où l'on regrette amèrement
de ne pas pouvoir s'extasier à 120% devant une oeuvre à la qualité
incontestable !
Film sur IMDB