Le lieutenant de police
Danny Roman (Samuel L. Jackson) est un as dans les négociations menées
avec les preneurs d'otages. Une dernière mission lui assure la
célébrité. Mais, un soir, son collègue Nathan Roenick (Paul Guilfoyle),
qui lui avait fait part, quelques heures plus tôt, de ses soupçons sur
l'origine du détournement de deux millions de dollars au détriment de
la caisse d'invalidité, est assassiné presque sous ses yeux. Une
perquisition à son domicile fait découvrir des comptes en banque à
l'étranger. Sur le point d'être inculpé de meurtre, il prend en otage
plusieurs personnes, dont l'inspecteur Terence Niebaum (J.T. Walsh),
qu'il soupçonne d'être à l'origine du vol, et demande la présence de
Chris Sabian (Kevin Spacey) comme seul interlocuteur...
Un spécialiste des pourparlers lors des prises d'otage qui connaît par
coeur toutes les ficelles du métier, qui se place lui-même dans cette
situation, alors qu'il est accusé des plus graves méfaits, qui
n'entrevoit plus d'autre solution que la course à l'abîme et choisit,
pour tenter de s'en sortir un collègue aussi expérimenté que lui... Le
scénariste n'a pas lésiné sur les fondations, choisissant
judicieusement les atouts les plus puissants pour bâtir une aventure
épique. Les confrontations protéiformes entre les différentes
composantes : le solitaire traqué, les otages parmi lesquels se trouve
peut-être celui qui possède la clé de l'énigme, les forces de police au
sein desquelles se dissimulent sans doute des assassins, le FBI qui
cherche à prendre en main la situation, et, bien sûr, ce négociateur
énigmatique, qui semble user de méthodes étranges... toutes se
déroulent presque entièrement dans un espace clos, rappelant beaucoup
celui de "Piège de cristal". Mais, si F. Gary Gray n'utilise pas
l'espace de ce building d'une manière aussi exemplaire, sur le plan
action, que John McTiernan, puisque tel n'est pas son propos majeur, il
incorpore à la trame dramatique une composante psychologique majeure
qui faisait presque totalement défaut au récit de son
collègue.
Jeux dangereux de la suggestion, abîmes de doutes, lent cheminement
vers la confiance, sans oublier une tension dramatique qui ne fait que
s'amplifier de minute en minute au fur et à mesure que l'issue fatale
approche, sont autant d'éléments qui font de ce film une merveille de
rythme, d'efficacité et d'intelligence. Les deux tempéraments
de premier plan, servis magistralement par Samuel Jackson et Kevin
Spacey, sont sertis dans un écrin particulièrement vivant, car tous les
personnages, même de seconde importance, sont cernés avec une acuité
pénétrante, et participent grandement à l'authenticité de la
tragédie.
La preuve exemplaire qu'il n'est nul besoin d'une intrigue complexe
pour donner naissance à un film fascinant.