Une
vieille femme qui vivait totalement isolée dans une cabane au milieu
d'une forêt de Caroline du Nord est retrouvée un jour sans vie par le
jeune garçon qui lui portait ses courses. Appelé sur les lieux par le
shériff Todd Peterson (Nick Searcy), le docteur Jerome "Jerry" Lovell
(Liam Neeson) a la stupéfaction de découvrir une jeune fille dont
personne ne connaissait l'existence, Nell (Jodie Foster). Totalement
apeurée, elle refuse tout contact extérieur et prononce des mots
inconnus. Lovell se rend auprès d'une spécialiste Paula Olsen (Natasha
Richardson) qui souhaite faire interner Nell. Jerry s'y oppose. Le
tribunal accorde trois mois d'observation aux deux parties. Les deux
médecins s'installent donc à proximité de la cabane et Jerome
entreprend de communiquer avec la jeune femme...
Il y a des réalisateurs qui se délectent de l'immersion profonde dans
les parties les plus nauséabondes et destructrices de l'humain. Cette
descente aux enfers donne alors naissance à "Reservoir dogs", "Funny
games" ou "Crash". Et puis certains autres choisissent
d'explorer les éléments positifs et créateurs de notre nature. C'est
souvent beaucoup moins spectaculaire, très modérément aguicheur, mais
on peut ressortir de la vision le coeur dilaté et l'âme
légère. C'est le pouvoir de la magie blanche qui se dégage de "La
vie est belle"
( celle de Frank Capra ! ), de "Peter Ibbetson", "Le
convoi sauvage",
ou de cette réalisation. Evidemment, il est facile de gloser sur
l'aspect prévisible ou formaté de l'histoire. Certains critiques n'ont
pas manqué de le faire. Cette pauvre enfant, abandonnée par la société,
va se révéler d'une étonnante richesse intérieure une fois qu'elle aura
réussi à surmonter ses angoisses et le couple des deux médecins,
d'abord ennemis blessés intérieurement par la vie, trouvera son
harmonie grâce à elle... C'est vrai. C'est trop beau pour être honnête,
pourrait-on ergoter. Mais, après tout, pourquoi ?
Pourquoi cette éternelle suspicion dès que le positif l'emporte sur la
destruction ? Le but de la vie est, qu'on le voie ou non, la
construction. Notre petite vue infime des événements nous montre
souvent l'aspect négatif, fossoyeur, de la création. Mais si nous
avions l'intelligence d'élever notre vision et de contempler la
globalité de l'univers dans la durée, nous ne contemplerions que
développement, édification constante. C'est à croire que, dans les yeux
de beaucoup de personnes, et de critiques cinématographiques en
particulier, la négativité est devenue la vérité de la vie, la loi
normale. Vous sortez un film où cinq cents personnes ont été effacées à
coups de couteau, révolver, bazookas... c'est réaliste, "adulte"(le
grand mot !) et concret. Vous osez une oeuvre sensible, dans laquelle
la beauté se mêle à la bonté, et nous avons affaire à des relents de
bigoterie, des illusions infantiles et de la sensiblerie de pacotille
! C'est lamentable et, surtout, stupide ! Car, sans renier
bien sûr la présence en chacun de nous de l'ombre, il est évident que
la lumière, l'Amour, est la seule Réalité, au sens absolu du terme, qui
existe. Son opposé, la haine, n'est que la manifestation de son
absence. Encore faut-il vivre cette expérience pour qu'elle devienne
certitude... Là est le plus grand obstacle à la connaissance...
Pour en revenir à "Nell", outre la magnifique prestation de Jodie
Foster, combien émouvante, ( tour à tour enlaidie par la peur
ou retrouvant sa beauté naturelle radieuse ) ainsi que de Liam Neeson,
profondément humain et sobre, nous assistons à une ode poétique, sobre
et enchanteresse à la compassion. Cette qualité merveilleuse, souvent
confondue à tort avec la pitié, qui est en fait l'application
thérapeutique de l'énergie d'Amour.
Superbe et généreux...