A peine âgée de vingt ans, Nikita (Anne Parillaud) participe,
avec trois jeunes, en manque de drogue comme elle, au braquage d'une
pharmacie appartenant au père de l'un d'eux. La police survient et la
fusillade laisse plusieurs morts sur le carreau. Nikita elle-même,
tue un flic. Elle est condamnée à la réclusion perpétuelle, mais a
la stupéfaction de voir un infirmier venir lui faire une injection
qu'elle croit mortelle. Lorsqu'elle se réveille, dans une pièce
inconnue, elle apprend d'un homme mystérieux, Bob (Tchéky Karyo), la
vérité. Elle passe, aux yeux de tous, pour s'être suicidée.
L'unique chance de survie qui lui reste est d'accepter d'être formée
afin d'effectuer certaines opérations secrètes pour le compte du
Gouvernement. Les premières réactions de Nikita ne signent pas
vraiment son approbation du plan qu'on lui impose...
Luc Besson possède un esprit et une personnalité éclectiques. S'il
s'est enfoncé, depuis une décennie, dans les (innombrables : 70
depuis "Taxi" en 1998 !!!)
productions de films pour le moins bas de gamme ( "Wasabi",
la saga des "Taxi", "Le
Transporteur"...), il sait aussi soutenir des oeuvres
passionnantes ( "Entre ses mains"),
et, à l'occasion, les écrire et les mettre en scène. Témoin cette
"trilogie", si l'on peut dire, qui commence en 1990 par
"Nikita", se poursuit par "Leon",
puis par le jouissivement déjanté "Cinquième
élément". Dans le parcours de cette junkie complètement
défoncée, qui, lentement, trouve, ou plutôt, se voit imposer, une
porte de sortie bien amère, Luc Besson malaxe avec un bonheur et une
pertinence constants, des composantes hétéroclites, dont le mariage
n'est pas toujours aisé.
Si, dans le "Cinquième élément",
le délire est l'élément maître du jeu, dans le cas présent c'est
un cocktail savamment dosé qui nous est offert : la folie meurtrière
côtoie l'innocence, le drame cohabite avec la joie spontanée, la
violence voisine avec la pureté, l'humour léger frôle la
sauvagerie. Et l'ensemble de ces ingrédients fusionne, au final, dans
un chant d'amour inconditionnel, aussi émouvant que pudique. Anne
Parillaud se révèle d'une justesse confondante, habitant les
facettes antinomiques de sa personnalité avec autant d'intensité que
de grâce. Sautant de l'expressivité débordante dans l'excès, à de
subtiles intériorisations de l'émotion (micro-contractions du
visage), elle est un volcan dont on ne peut jamais prévoir, ni
l'instant de l'éruption, ni la qualité ou l'orientation de celle-ci.
Jean-Hugues Anglade, tout en demi-teinte, distille avec discrétion un
humour tendrement affectueux, une mélancolie résignée, et campe un
personnage soli-lunaire très proche du Zorg de "37°2,
le matin". Il est même impossible de regretter le
parachutage impromptu du "nettoyeur" Victor (Jean Reno).
Certes, ses gros sabots déjantés détonnent quelque peu dans la
logique d'efficacité discrète prônée par Bob, mais cette irruption
sanglante et désordonnée trouve sa pleine justification dans le
renvoi de Nikita face à son délire originel, tout en objectivant
l'illusion de sa rédemption. Une oeuvre enthousiasmante.
Film sur
IMDB