Llewelyn
Moss (Josh Brolin) découvre un jour dans la campagne une demi-douzaine
de cadavres, des dizaines de kilos de drogue et une mallette contenant
plusieurs millions de dollars. Il garde cette dernière, revient la
cacher à son domicile, puis repart dans la nuit incendier la drogue.
Mais lorsqu'il arrive sur les lieux du drame, il voit débouler un tueur
inconnu, Anton Chigurh (Javier Bardem), auquel il échappe par miracle.
Désireux de protéger sa femme, Carla Jean (Kelly MacDonald), il
l'expédie chez sa mère et s'enfuit pour se cacher dans un motel. Mais
il ne tarde pas à se retrouver sous les balles d'Anton, aussi collant
qu'un pot de super glue...
"Blood simple", "O'Brother", "The Barber", et surtout "Fargo",
autant de films qui arboraient fièrement, et, souvent de manière très
excitante, la "patte" des frères Coen. Que se passe-t-il ici ? Sont-ce
les effets de l'âge, ceux d'une absorption massive de somnifères ?
Toujours est-il que le sérieux qui, déjà, se manifestait dans "The Barber",
prend ici l'allure d'un pensum ! Passe encore que le scénario puise une
nouvelle fois dans le fond de tiroir bien connu de la découverte d'un
magot au fin fond de nulle part. Ce qui avait donné, soit dit en
passant, un "Plan simple" très réussi.
Passe encore que certains personnages fassent de la figuration. C'est
le cas du shériff Ed Tom Bell (Tommy Lee Jones), flegmatique, usé et
désabusé, dont l'intervention se réduit à quelques sentences
philosophico-mélancoliques. L'écueil majeur réside, d'une part, dans un
scénario aux fils complètement distendus, et, de surcroit, assez peu
passionnant, d'autre part dans un étirement narratif qui tourne
rapidement à la torpeur. Heureusement que se profile, au milieu de ce
marasme, un personnage mémorable, observateur scrupuleux de principes
aussi mortifères qu'inoxydables, en l'occurrence le tueur incarné
avec délectation par Javier Bardem. Car, sans lui, cette vision
d'individus qui se poursuivent, se tirent dessus, sans qu'un enjeu
puissant ou excitant se profile à l'horizon, aurait carrément découragé
le spectateur habitué aux excentricités décalées des réalisateurs. Même
le face à face entre Anton et Carson Wells (Woody Harrelson), qui
promettait une possible revitalisation de l'intrigue, tourne court et
se voit expédié en deux minutes. Le sérieux réussit sans doute aux
frères Coen, sur le plan de la reconnaissance de leurs pairs, puisque
l'oeuvre a engrangé quatre Oscars, mais génère-t-il plaisir et
enthousiasme chez le spectateur ? Rien n'est moins sûr...