Une vieille femme (Gena Rowlands) est hospitalisée
pour démence sénile. Duke (James Garner), un homme de son âge, lui lit
une histoire d'amour afin qu'elle ne perde pas totalement le contact
avec la réalité. L'histoire de deux jeunes gens qui se rencontrent
pendant les vacances de 1940, deviennent fous amoureux l'un de l'autre,
mais sont séparés par l'abîme séparant leurs situations sociales très
différentes : Allie Hamilton (Rachel McAdams), fille d'un couple
richissime du Sud, John (David Thornton) et Anne (Joan Allen), est sur
le point d'entrer dans une prestigieuse Université New-Yorkaise. Noah
Calhoun (Ryan Gosling) travaille dans une scierie, et son avenir ne
peut être que minable. Désespéré, le jeune homme s'engage dans l'armée,
participe aux combats en Europe, puis revient au pays. Son père, Frank
(Sam Shepard) vend sa maison, afin que Noah puisse réaliser son rêve :
retaper entièrement une bâtisse en ruines, chère à son coeur. Pendant
ce temps, Allie a rencontré un homme beau et riche, Lon Hammond (James
Marsden) et accepte de l'épouser...
S'il était possible de faire pleurer les pierres, nul doute que
l'insupportable souffrance de l'oubli serait à même de réaliser ce
miracle. L'abandon physique, la mort sont terribles. Pourtant, il est
possible de les surmonter, d'opérer son deuil, parce que la cassure est
nette, que le vide créé peut être à nouveau rempli, si on le désire,
par des éléments vitaux naissants. Cela est impossible lorsque
l'absence n'est que virtuelle, lorsque le corps est là, occupant tout
l'espace de l'amour, et que seule la mémoire fait défaut.
Que le sujet soit traité de manière "active" ("Prisonniers du passé", par exemple),
dramatique ("Se souvenir des belles choses"), fantasmagorique
("Eternal sunshine of the
spotless mind"), ou sensible et romantique comme c'est le cas
ici, le drame est toujours étouffant, insoutenable. Certes, une
question se pose, ou, tout au moins, nombre de critiques l'ont posée à
travers leurs jugements sans appel : avons-nous devant les yeux une
"histoire romantique à la guimauve", un déversement de flacons d'eau de
rose, un mélo sentimental bourré de poncifs agaçants ou une "histoire
d'amour fou qui défie le temps" ? Et pourquoi pas tout cela à la fois ?
Les scènes cruciales, qui mettent en présence Duke et Allie, sont
sobrement conduites, générant une émotion pure et spontanée. Le récit
qu'il lui fait, et qui occupe 90% du film, est assurément idéalisé pour
une grande part : couchers de soleil romantiques, scènes langoureuses
sur un lac peuplé de volatiles blancs... En quoi cela est-il choquant,
détestable, à moins que l'on éprouve de la honte à plonger dans le rêve
? Essayons d'entrer, ne serait-ce que quelques brèves secondes, dans la
personnalité de Duke, de ressentir viscéralement le désespoir qu'il
peut ressentir devant la femme qu'il adore et pour laquelle il n'est
plus qu'un étranger. Les souvenirs qu'il transmet comme bouée de
sauvetage, comme passerelle de communication avec ce cerveau
déconnecté, ne seraient-il pas spontanément peuplés de beauté, de joies
même idéalisées, de réminiscences embellies par le désir impérieux de
surmonter la souffrance, d'imaginaire chatoyant ? Oui, cette histoire
est, par essence, dramatique. Même mélodramatique, si l'on veut. Oui,
elle pourrait être traitée d'une manière totalement différente. Mais le spectateur, satisfait
visuellement et intellectuellement, en sortirait-il grandi ?
La beauté pure, la bonté, la candeur ont mauvaise presse. C'est
"cul-cul". Ce n'est pas "réaliste". Le monde n'est pas "comme cela".
C'est malheureusement vrai, mais ce qui ne l'est pas moins, c'est que
le monde est ce que nous en faisons. Car il est bon de ne pas
oublier qu'il est composé de la somme des milliards d'individualités...
Chacun a le choix : construire son être profond avec les pierres de la
peur, des nouvelles catastrophiques que les télés nous servent à
longueur d'années, des jeux video "éducatifs" consciencieusement
fournis par les multinationales, qui enfoncent les enfants dans l'idée
que tuer, détruire, est aussi naturel que s'enfiler des litres de Coca
Cola ; ou bien utiliser les pierres de l'amour, de l'altruisme, de la
compassion et de l'imaginaire poétique. La première solution
est, de loin, la plus aisée. Alors, une oeuvre comme celle-ci, même
critiquable dans certaines de ses options, possède au moins un mérite
inestimable : tenter d'imprégner notre coeur de l'un des messages que
Noah écrit à Allie : "Le plus bel amour est celui qui éveille l'âme et
nous fait nous surpasser"...