Varsovie, 12 Décembre 1942.
Maria Kupiecka, une prostituée, est sauvagement assassinée. Un témoin
aperçoit la tenue du coupable, qui est celle d'un Général allemand.
Le Major Grau (Omar Sharif), su Service de Sécurité, est déterminé
à trouver le coupable. Trois Généraux n'avaient pas d'alibi pour la
nuit du meurtre : Kahlenberg (Donald Pleasence), Von Seidlitz-Gabler
(Charles Gray) et le "héros" de Léningrad, nouvellement
arrivé à Varsovie, Tanz (Peter O'Toole). Mais, dès qu'il commence à
vouloir rencontrer les trois suspects, Grau se heurte à un mur.
Kahlenberg le recommande d'ailleurs pour une promotion de Colonel, et
une mutation à Paris. Juillet 1944. Les quatre hommes se retrouvent
dans la capitale française, un mois après le débarquement en
Normandie, et Grau contacte un policier, l'inspecteur Morand (Philippe
Noiret), afin de reprendre son enquête...
Etonnant mélange de film de guerre et d'enquête policière, l'oeuvre
surprend également par sa distribution particulièrement riche, ainsi
que par la disproportion entre l'apparente futilité du sujet principal
(après tout, qui pouvait, à l'époque, se soucier de la mort d'une
prostituée alors que des millions de personnes mouraient sur le front
ou dans les camps ?) et les deux contextes particulièrement dramatiques
qui servent de toile de fond à l'intrigue. Pourtant, aussi stupéfiant
que cela paraisse, la fusion de ces éléments hétéroclites fonctionne
plutôt bien. En grande partie, grâce à la mise en confrontation de
deux personnalités fortes. D'une part, le Major Grau, singulier
personnage qui semble étranger à la guerre, obsédé par l'idée d'une
justice absolue qui n'épargnerait personne et s'affranchirait aussi
bien des grades que des intérêts militaires. Zélé, obstiné comme un
chien de chasse flairant une piste, il est certes peu analysé
psychologiquement, mais trouve, grâce au flegme distancié d'Omar
Sharif, une crédibilité qui ne semblait pas, a priori, acquise.
D'autre part, le Général Tanz, sorte de zombie obsédé par la
propreté, au regard fixe, halluciné, habité par un Peter O'Toole
toujours aussi envoûtant. Il suffit de le voir quelques minutes, fumant
tranquillement sa cigarette tandis que, devant lui, les lances-flammes
détruisent le guetto de Varsovie, pour ressentir au fond de ses tripes
la folie diabolique de la barbarie nazie.
Il est possible de regretter le classicisme tranquille avec lequel le
réalisateur parcourt cette interminable enquête (le dénouement aura
lieu en 1965 !), ainsi que d'ergoter sur la vraisemblance de cette
obsession de la recherche d'un coupable, d'autant plus que le scénario
développe peu la personnalité de l'inspecteur Morand. Mais, tel quel,
le film demeure intéressant, même s'il ne soulève pas l'enthousiasme.