Robert "Bobby" Green
(Joaquin Phoenix) dirige une boite de nuit qui appartient à un vieux
Russe, Marat Buzhayev (Moni Moshonov). Très satisfait de son état,
ainsi que des charmes de sa petite amie, Amada Juarez (Eva Mendes), il
se fiche comme d'une guigne de son frère Joseph (Mark Wahlberg) et de
son père Albert (Robert Duvall), tous deux flics à New York. Un jour,
les deux policiers informent Bobby qu'ils sont décidés à mettre fin aux
agissements du neveu de Marat, Vadim Nezhinski (Alex Veadov), qui
cherche à devenir le caïd de la drogue en utilisant la boite de nuit
comme lieu de distribution. Lorsque Joseph est grièvement blessé par un
tueur inconnu, Bobby commence à prendre conscience de la réalité du
milieu dans lequel il s'épanouissait jusqu'alors...
Le spectateur qui s'attend à
voir une fresque brillante, haute en couleurs, riche en personnages
pittoresques et débordante de violence, façon "Les Affranchis", "Casino",
ou encore "L'année du Dragon",
risque d'être fortement déçu. James Gray a choisi de construire une
histoire simple, habitée par un nombre restreint de personnalités, et
de centrer l'intérêt sur les drames intimes expérimentés par chacun
d'eux. Tout cela sans fioritures, sans violence gratuite, sans esbroufe
de mise en scène, dans une atmosphère sombre qui n'est pas sans
rappeler le ténébreux "Training
Day" d'Antoine Fuqua. Grâce à un quatuor d'acteurs très
convaincants (mais moyennement doublés pour certains...), il est aisé
de se laisser emporter par cette mini tragédie familiale dans laquelle
s'entremêlent l'initiation aux responsabilités, le sens du devoir, les
difficultés de construire une vie familiale épanouie, et l'angoisse
permanente qui tenaille ces êtres téméraires mais fragiles.
Au fur et à mesure que se
déroule l'histoire, un écueil grossit cependant. A force de tourner le
dos à la démesure, au spectaculaire, ce qui est, en soi, louable, mais
en fermant, par la même occasion, la porte à toute forme
d'extraversion, de passion, d'engagement, de tension, de suspense,
comme si chaque velléité d'aspérité se voyait immédiatement arasée, le
réalisateur refuse au spectateur toute bouée à laquelle il serait
susceptible de s'accrocher. Cette ascèse, conjuguée à un cadre de vie
réduit au strict minimum, à une photographie aux couleurs ternes, à une
suite de décors froids, à un méchant quasiment absent, ne rend pas
l'ensemble immédiatement séduisant. Un effort soutenu est
demandé au spectateur pour s'investir dans les replis intimes de cette
famille. S'il y parvient, il goûtera avec joie les qualités discrètes
et humaines de l'oeuvre.
P.S. A noter l'horripilante
présentation du film par les "Bonimenteurs", d'autant plus énervante
qu'il est impossible de la zapper... Quand les fabricants de DVD
cesseront-ils de prendre en otage les acheteurs pour leur imposer ce
qu'ils n'ont pas forcément envie de voir ?
Le film sur IMDB.com