Sergio (Ricardo Meneses) est
un jeune éboueur portugais homosexuel. Il vit principalement la nuit,
arpentant rues et décharges à la recherche d'une satisfaction toujours
renouvelée et toujours plus intense...
Les premières images s'ouvrent sur un chien. Et les quatre vingt dix
minutes qui suivent perpétuent jusqu'à la nausée cette identification à
notre animal favori. Au point que le film, dont le contenu ravale la
signification noble du titre à la quête d'une bête primitive, pourrait
s'appeler beaucoup plus justement : "erreur d'incarnation". Toute
l'existence de Sergio se résume en réalité à une suite de comportements
qui n'ont pas grand chose à voir avec l'humain, même antédiluvien. Il
marche souvent à quatre pattes, lèche tout ce qui se présente, du
visage de sa collègue Fatima aux murs, en passant, occasionnellement,
par la braguette d'un flic, pisse chez celui qui lui résiste pour
marquer son territoire, passe sous les grillages, fait les poubelles
jusqu'à s'identifier, à la fin, à une sorte de fantôme surnaturel
hantant la décharge publique, se branle de temps en temps et ferait
presque passer les héroïnes de Catherine Breillat pour des personnages
particulièrement équilibrés, à la communication un peu anarchique (!),
certes, mais très évoluée ! C'est dire le niveau de fantasme jouissif,
de richesse intellectuelle et de ravissement visuel auquel nous
confronte le réalisateur ! Ajoutez à cela que Sergio doit, en tout et
pour tout, éructer une cinquantaine de phrases de cinq mots maximum,
dont la moitié à son chien, et vous aurez une vague idée du contenu
inspirant de l'oeuvre.
En bref, l'archétype du film qui élève la conscience de l'homme, lui
fait entrevoir la plénitude charnelle et le rapproche de l'orgasme
cosmique... Sarcasme mis à part, le sexe est ici encore plus triste que
chez Breillat, et surtout, d'une désespérance et d'un ennui
absolus.
Cela dit, il
en est qui considèrent cette évocation glauque, vomitive et
sinistre comme un chef-d'œuvre souverain et... inspirant
(sic) ! ( Chronic'Art ). Il en faut bien pour tous les goûts et
toutes les délectations. Simplement, il est évident que nous n'avons
pas été modelés par le même moule planétaire... La beauté naît de la
diversité !