Michael Courtland (Cliff
Robertson) est un heureux promoteur de La Nouvelle Orléans. Il a épousé
la charmante Elizabeth (Geneviève Bujold) et a une fillette,
Amy (Wanda Blackman), âgée de 9 ans. Mais un soir, après une fête
donnée en l'honneur de leur dixième anniversaire de mariage, tout
bascule. Sa femme et sa fille sont kidnappées et une forte rançon est
demandée. Aidé par son associé, Robert Lasalle (John Lithgow), Michael
réunit la somme, mais, sur le conseil de la police, place un émetteur
radio dans la valise des billets. Cernés par les autorités, les truands
fuient en voiture en emmenant les deux captives. Mais un camion citerne
barre la route et c'est l'explosion. Seize ans plus tard, inconsolable,
Michael se rend à Florence où il a connu Elizabeth. Dans une église, il
aperçoit avec stupéfaction une jeune femme occupée à restaurer une
fresque : elle est le portrait de son épouse...
L'année 1976 voit sortir à la fois ce film et celui
qui lancera définitivement la carrière de De Palma, "Carrie". Étrange juxtaposition,
car même si les deux oeuvres ont en commun la vengeance d'une femme,
leur traitement cinématographique est fort différent. Alors que "Carrie" verse dans l'horreur
pure et le spectaculaire sanguinolent, "Obsession" joue la carte de
l'intimisme, de la souffrance intérieure étouffée, du romantisme
lyrique. Bien plus qu'à l'intrigue en elle-même, d'ailleurs
assez nébuleuse quant aux motivations et douteuse quant à la
vraisemblance , le réalisateur s'attache au lien amoureux qui persiste
à travers les ans, à tout jamais momifié par le remords et la
culpabilité. Si le choix de Geneviève Bujold, adorablement juvénile et
mutine, se révèle excellent, celui de Cliff Robertson pose davantage
problème. Son visage figé et peu expressif, avec un faux air de Sean
Connery, pour conforme qu'il soit à l'état intérieur du personnage,
taciturne et renfermé sur sa douleur, génère par moments une étrange
insipidité au cœur de cette tragédie dont on sent
la palpitation souterraine violente. L'atmosphère s'apparente parfois à
celle de "Rebecca" sans en atteindre la profondeur quasi
métaphysique.
Ce film, tour à tour inquiétant, méditatif, enfiévré, languide, laisse
une impression étrange d'inabouti, de réprimé, comme si le réalisateur
n'avait pas encore franchi le pas qui lui permettra de descendre dans
les abîmes psychologiques de "Pulsions", sorti quatre ans plus
tard. L'ensemble est presque sage, en-deça de ce qu'on aurait pu
attendre d'un tel drame visité par Brian de Palma. Mais le final, avec
la caméra valsant autour des protagonistes, est superbe...