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" Oldboy ",        2003,

de : Park  Chan-Wook, 

avec :  Choi Min-shik, Yoo Ji-tae, Kang Hye-Jeong,

Musique : Young-Wuk  Cho

*******

    

    1988. Oh Dae Su (Choi Min-shik) est un grand buveur et un grand parleur. Alors qu'en compagnie de son ami No Joo-Hwan, il rentre chez lui donner un cadeau à sa fille, il disparaît mystérieusement. Durant quinze ans, il demeure enfermé dans une chambre, sans avoir la moindre idée de la personne qui le retient prisonnier ou du motif de son incarcération. Il apprend que sa femme a été assassinée et qu'il est le principal suspect. Puis, brusquement, il est libéré. Aussitôt, il entreprend une quête pour découvrir la clé de l'énigme. Il rencontre dans un restaurant japonais une jeune femme, Mi-Do (Kang Hye-Jeong), qui accepte de l'aider et l'amène chez elle...

    Quatre mot viennent à l'esprit en sortant de cette histoire abracadabrantesque : "plus tordu, tu meurs !". A partir d'un point originel ultra simpliste (qui rappelle grandement "Le Comte de Monte-Cristo", d'ailleurs cité dans le film)  : un homme normal, apparemment sans histoire, est kidnappé et emprisonné sans motif connu pendant d'interminables années, le réalisateur nous embarque, dès la libération de son héros, dans un embrouillamini savamment élaboré, qui, dans un premier temps, a le mérite d'instaurer une osmose parfaite avec la confusion dans laquelle se trouve le cerveau de la victime. Hirsute, désemparé, porté par une furie que l'on n'a pas de peine à comprendre, Oh Dae Su, incarné de manière saisissante, devient une espèce de robot flaireur qui renifle toutes les pistes susceptibles de le conduire à l'auteur de sa torture. Et, tant visuellement que techniquement, le spectateur ne peut qu'admirer l'originalité du ton, la brillance de la mise en scène, rythmée, virevoltante, constamment inventive, qui nous plonge dans un mystère de plus en plus haletant. Ponctuée de séquences où la violence la plus crue se mêle au sadisme ( avec une complaisance relativement suspecte, d'ailleurs ), l'histoire semble descendre dans des abîmes nauséeux dont on ne ressortira pas indemne. 

    Mais, logique oblige, (enfin, théoriquement), toute énigme génère un dénouement révélateur. Malmené dans sa raison autant que dans sa réception visuelle par les deux heures éprouvantes vécues en compagnie de Dae Su, le témoin de ce drame attend   l'inéluctable clé. Lorsqu'elle arrive, hachée, démembrée, en conformité avec l'éclatement structurel de ce qui a précédé, elle semble, sinon dérisoire, du moins bien disproportionnée avec ce que l'on pouvait espérer. Est-ce un effet d'insensibilité engendré par réaction aux excès qui parsèment la trame, on a envie de hausser les épaules en disant : "tout ça pour ça ?". Et, pour peu que l'esprit s'affranchisse du clinquant souverain qui nous a été servi avec talent, l'observation rétrospective de l'ensemble donne une impression de composition artificielle, manipulatrice, orchestrée avec un génie certain de l'esbroufe, mais particulièrement vaine, dont le délire général annihile toute émotion authentique...

Bernard  Sellier 

  

 

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