Le
docteur Howard Bannister (Ryan O'Neal), grand spécialiste en
musicologie paléozoïque, arrive, en compagnie de sa fiancée Eunice
Burns (Madeline Kahn), à San Francisco, où doit être désigné le lauréat
de la fondation du richissime Frederick Larrabee (Austin Pendleton).
Howard est en effet l'un des deux finalistes, le second étant
l'helvétique Hugh Simon (Kenneth Mars). A peine arrivé à l'hôtel,
Howard tombe sous les griffes de la pétulante Judy Maxwell, spécialiste
pour s'introduire dans toutes les réceptions où personne ne l'attend.
Pendant que le brave Howard se fait dévorer tout cru par la belle, un
mic-mac invraisemblable se prépare, quatre personnes, dont un espion,
et une vieillarde richissime bourrée de bijoux, ayant eu la
malencontreuse idée de posséder la même valise...
Autant le préciser tout de suite, même si le fait est presque
universel dans ce genre de comédie, l'intrigue n'a rigoureusement
aucune importance. Seuls comptent les personnages et les situations
comico-burlesques qui découlent de quiproquos en chaîne. Et dans ces
deux domaines, le film de Peter Bogdanovich fait décidément très fort
Il commence à deux cents à l'heure, avec l'irruption d'une Barbra
Streisand logorrhéique, montée sur ressorts, craquante à souhait,
véritable mante religieuse outrageusement cultivée, qui ne fait qu'une
bouchée d'un Ryan O'Neal aussi éveillé qu'une momie égyptienne. Devant
cette avalanche, on se dit qu'il est impossible qu'un tel rythme de
folie soit tenu pendant une heure et demie ! Et pourtant, exception
faite de quelques minutes plus paisibles, c'est quasiment le cas.
Habitée par des personnalités plus gratinées les unes que les autres
(Frederick Larrabee et ses dents qui courent après le beefsteack, un
Hugh Simon délicieusement caricatural qui évoque vaguement Frédéric
Beigbeder, Eunice et ses perruques croquignolettes...), l'histoire
accumule les moments de pur délire, de gags inventifs (celui de la
vitre en pleine rue est carrément génial), de courses poursuites
excitantes, de dialogues crachés à la mitraillette, avec une telle
jubilation que les crampes menacent les zygomatiques à tout instant.
D'autant plus que le réalisateur sait donner à chaque scène la durée
exacte qui lui est indispensable pour ménager l'effet optimal. Et, pour
une fois, l'histoire parvient à produire un dénouement tout à
fait à la hauteur de la fièvre démentielle qui a régné jusque là.
Un
régal de bout en bout !