Lee (Bruce Lee), élève du
célèbre Temple Shaolin, accepte de participer à un tournoi organisé par
un mystérieux et richissime personnage vivant sur une île, Han (Kien
Shih). Juste avant son départ, son maître lui apprend, d'une part que
Han, ancien membre du Temple, a trahi l'honneur en devenant un apôtre
du Mal, d'autre part que son garde du corps, Oharra (Robert Wall) est
responsable du suicide de Su Lin (Angela Mao), soeur de Lee. Sur le
bateau qui le transporte vers le palais, le jeune homme fait la
connaissance des autres participants, Williams (Jim Kelly), Parsons
(Peter Archer) et Roper (John Saxon)...
Les rares films tournés par Bruce Lee n'ont jamais brillé par
l'originalité ou la profondeur de leurs scénarios, souvent au ras des
pâquerettes. Si celui-ci ne fait pas exception à la règle et se montre
des plus basiques (une vengeance personnelle doublée de l'élimination
d'un monstre par le biais d'un tournoi d'arts martiaux mortels), il se
démarque néanmoins des précédents (puisque l'année de sortie de ce film
est aussi celle de la mort de Lee), tout en se montrant impressionnant
à plusieurs titres.
Par les protagonistes tout d'abord. Bien que brossés d'une manière plus
que dégraissée, ils offrent une palette charismatique, puissante et
sauvage qui capte intensément l'intérêt du spectateur. Que ce soit les
deux principaux combattants étrangers, aux motivations rapidement
présentées par des flash back signifiants, les hommes de Han (l'odieux
Oharra et le sadique Bolo) ou, bien sûr, le maître des lieux lui-même,
à la main remplacée par des accessoires mortels, aucun ne laisse
indifférent, c'est le moins que l'on puisse dire.
Par le décor de l'intrigue ensuite, même s'il aurait pu être davantage
exploité. Cette île coupée du monde, le palais sur lequel règne le
tyran demi-dieu, au milieu de ses filles et de ses combattants-élèves,
le musée intérieur, tout cela ne manque pas de magnétisme. Il en est de
même pour l'atmosphère, résolument sombre et menaçante. Dès le
commencement, avec le retour en arrière sur la mort tragique de Su Lin,
on sent qu'il n'y aura aucune place pour la facétie, que le drame sera
permanent, et ce n'est pas la cruauté froidement calculée de Han (cf.
la scène des souterrains avec le malheureux Williams suspendu), qui est
susceptible d'adoucir le propos.
Enfin, le couronnement impérial : la présence de Bruce Lee, qui donne
toute sa valeur à cette oeuvre. Etonnant personnage, dont le physique
fluet passerait quasiment inaperçu au milieu de la foule, mais dont
l'apparence se métamorphose instantanément dès que l'on croise son
regard. En un éclair, ce n'est plus le petit Oriental falot et anonyme
qui se dresse devant nous, mais un pur concentré d'énergie vitale. Il
n'a plus rien de l'acteur, mais devient une masse de nerfs, aux muscles
tendus comme les cordes d'un piano, dont la conscience de chaque
cellule est focalisée sur la seconde présente. Une telle intensité
vibrante, que ce soit dans l'incarnation, dans le geste le plus infime,
dans le passage quasi immédiat du combat le plus violent à l'immobilité
d'une pierre, voire même dans les moments de calme où son déplacement
évoque celui d'un félin, fait totalement oublier que nous sommes à
l'intérieur d'un film. Quel homme et quel étrange destin !...
Une réussite fascinante, qui se clôt de manière symbolique, dans le
décor étonnant d'une salle de miroirs où illusion et réalité se
confondent.
Film sur
IMDB