Laura (Belén Rueda), jadis
adoptée à l'âge de huit ans, revient une fois adulte dans l'orphelinat
où elle a vécu, afin de le transformer, avec l'aide de son mari
médecin, Carlos (Fernando Cayo), en un centre d'accueil pour enfants
handicapés. Mais dès leur arrivée, leur fils adoptif Simon (Roger
Princep) voit des "amis" invisibles, souffre de somnambulisme et, un
jour, disparaît. Laura contacte un spécialiste de l'ésotérisme et des
phénomènes paranormaux, le professeur Leo Balaban (Edgar Vivar),
qui lui conseille de faire intervenir une femme médium, Aurora (Géraldine Chaplin)...
Toute la première partie fait beaucoup penser aux "Autres"
d'Alejandro Amenabar, tant pour le sérieux avec lequel Juan Antonio
Bayona aborde l'histoire, que pour l'absence totale de spectaculaire
agressif, ou encore pour son atmosphère sombre, aussi bien dramatique
que purement physique (on a l'impression que l'électricité n'a jamais
été installée dans cette gigantesque demeure !). Et la réussite du film
naît en grande partie de la conservation de cette tenue et de cette
maîtrise jusqu'à la portion la plus difficile à réussir dans ce genre
de film, à savoir le dénouement qui, lui aussi, joue la carte de la
suggestion et de l'ellipse. Les effets angoissants, à base de visions
plus ou moins fugitives, et surtout de bruits divers, sont des plus
classiques, mais ils sont toujours au service de la tragédie et ne
sombrent jamais dans la gratuité. L'équilibre entre imaginaire et réel
se révèle quasiment idéal. Quant à l'interprétation de Belén Rueda,
elle est tout simplement magistrale de sobriété et de puissance
émotionnelle contenue. Autant dire qu'à partir d'un sujet qui n'est pas
d'une folle originalité, le réalisateur a donné naissance à une oeuvre
d'une efficacité et d'une maîtrise incontestables.