1955. Le Président René Coty mène la France. La politique étrangère
cause bien des soucis au Gouvernement, surtout en Egypte, où Nasser
vient d'évincer le Roi Farouk. Les Anglais, Américains et Russes s'y
livrent une guerre souterraine sans merci. Heureusement, les Services
Secrets français disposent d'un atout maître : Hubert Bonisseur de la
Bath, mieux connu sous le matricule OSS 117 (Jean Dujardin). Il est
envoyé dans la capitale égyptienne pour tirer au clair la mort d'un
agent secret, Jack Jefferson (Philippe Lefebvre), qui plus est ami
d'Hubert...
Nul besoin d'être un expert en matière de films d'espionnage, pour
constater que l'histoire, prévisible à 500%, n'a rigoureusement aucun
intérêt. Volontairement, bien sûr. Tout comme c'était le cas du "Casino
Royale" de 1967, avec Peter Sellers, nous avons droit ici à un casse en
règle du mythe de l'agent secret pur et dur, façon James Bond. Le film
de Val Guest n'était pas une réussite inoubliable, loin de là.
Attendons de voir de quel bois se chauffera le remake de 2006. Pour en
revenir à notre sympathique (hummm...) OSS 117, il est, incarnation
jouissive de Jean Dujardin oblige, un proche parent de "Brice de Nice". Même
connerie congénitale et abyssale, mêmes neurones atrophiés, même
prétention accablante. Mais ses capacités ne se limitent pas à cela. Il
faut ajouter que, s'il n'est pas expert en surf, 'il est mufle,
raciste, ignorant, gaffeur, colonialiste, musicien à ses heures, et
expert au jeu de jokari. Ce qui n'est tout de même pas négligeable !
Un certain temps d'adaptation est nécessaire pour entrer, corps, esprit
et zygomatiques inclus, dans cet univers. L'humour, quasiment continu,
joue sur l'inattendu, l'incongru, aussi bien dans les répliques que
dans les actions. Pourtant, ces grains de folie permanents semblent,
pendant un temps assez long, bien tièdes. On a l'impression d'être
installé à mi-chemin entre le sérieux vaguement humoristique des James
Bond façon Roger Moore, et le burlesque frénétiquement échevelé des "Tontons flingueurs".
Les scènes se veulent drôlissimes, caricaturales, déjantées, mais elles
ne réussissent qu'à être facétieuses. La verve de Michel Audiard fait
cruellement défaut. Pour tout dire, un léger ennui flotte sur cette mer
de moments farceurs qui, jamais, ne développe le raz de marée attendu.
Peut-être est-ce, paradoxalement, une bonne chose, car, finalement, à
force de baigner dans cet élément gentiment saugrenu, le spectateur
finit par se laisser emporter par le discret délire ambiant, par le ton
décalé, l'atmosphère délicieusement loufoque et rétro. Quelques moments
demeureront sans conteste dans la mémoire, tel ce matraquage en bonne
forme du Muezzin, coupable de troubler le sommeil réparateur
d'Hubert... Sans compter les mimiques régalantes d'un Jean Dujardin qui
a dû se délecter à chaque seconde !