Il est toujours passionnant de
se replonger dans un film que l'on n'a pas visionné depuis plus d'une
décennie. Deux grands cas se présentent alors : ou bien le film a
"bien" vieilli, ou bien la perception que nous en avions
mémorisée s'est dégradée ou même gâtée avec le temps. Parce que
les styles ont évolué, parce que les goûts archétypaux de la masse
cinéphile ont changé, parce qu'individuellement, nous nous sommes
(théoriquement) transformés...
"Out of Africa" fait manifestement partie de cette seconde catégorie.
J'avais conservé le souvenir d'une oeuvre très belle, portée par des
acteurs en état de grâce, romantique à souhait, parfumée
d'un ennui distingué. En la revoyant récemment, j'ai découvert une
oeuvre, certes toujours aussi resplendissante esthétiquement, mais
d'une langueur souvent pesante.
Le scénario est simple et linéaire. Chacun le connaît. Karen Blixen
(Meryl Streep), futur romancière, arrive en Afrique flanquée du
coureur de jupons qu'elle a accepté pour conjoint, afin de créer une
plantation. Elle fait la connaissance de Denis Finch Hatton (Robert
Redford), un aventurier séduisant qui organise des safaris. Ce sera
bien évidemment le grand amour.
Encore est-il bon de le préciser, car la passion est curieusement
absente de ce film. Jamais elle ne transparaît au cours de ces 150
minutes, qui donnent, paradoxalement, une impression de désert
intérieur en analogie avec les grands espaces vides extérieurs. Les
personnages sont lisses, quasi transparents, comme si l'étendue qui les
environne avait annihilé tout jaillissement intérieur. Il s'agit
incontestablement là d'un choix délibéré du scénariste et du
réalisateur, car le jeu tout en demi-teintes et en finesse des
personnages principaux est excellent. Il est tout de même triste que le
tempérament le plus percutant (et encore, tout est très relatif !),
soit celui du mari de Karen, dont le rôle est fort secondaire.
Par bonheur, l'osmose entre la superbe photographie et la musique
inspirée de John Barry, parvient, lors de certaines envolées
magistrales, à pallier la platitude relationnelle des deux amants.