Cesar (Eduardo Noriaga) est béni des Dieux.
Il est riche (ses parents, morts 15 ans plus tôt dans un accident, lui
ont laissé une fortune dans l'hôtellerie), beau, et multiplie les
conquêtes féminines. Nuria (Najwa Nimri), la dernière en date, ne
semble pas accepter facilement de se faire jeter, comme toutes celles
qui l'ont précédée. Elle s'invite à la soirée d'anniversaire de César,
qui vient de faire la connaissance de Sofia (Penelope Cruz), une amie
de Pelayo (Fele Martinez), son meilleur copain. Quelques mois plus
tard, la vie du jeune homme a basculé dans l'horreur. Il est défiguré à
la suite d'un accident provoqué volontairement par Nuria. Et, pour
comble de malheur, la police le soupçonne de meurtre...
Lorsqu'on a visionné en premier le remake de Cameron Crowe ("Vanilla Sky"), tourné
quatre ans après l'oeuvre originale d'Amenabar, la première question
que l'on se pose est la suivante : qu'est-ce qui a pu pousser un
réalisateur à composer une resucée quasiment à l'identique, étant donné
la qualité du modèle ? Car, hormis la présence d'un acteur au nom
célébrissime, il est difficile de dénicher la moindre justification.
Eduardo Noriega se révèle particulièrement convaincant, habitant avec
une intensité magnétique son personnage destructuré, et le moins qu'on
puisse dire est qu'il n'a rien à envier au charismatique Tom Cruise. Il
a d'autant plus de mérite que la trame narrative est ici, tout comme
elle le sera dans "Vanilla Sky",
particulièrement tordue. Pourtant, malgré les soubresauts de la raison
raisonnante devant les multiples visions et constructions mentales du
héros, reconnaissons que le délire événementiel ne provoque jamais une
cassure dans l'émotion dramatique. Le scénariste réalisateur joue avec
les apparences, avec les réalités réelles et les réalités virtuelles
et, comble du raffinement ou de la maîtrise, il parvient à nous
scotcher devant l'incroyable. A nous passionner de bout en bout pour
cette plongée dans le paradoxal et le fantasmagorique.
S'il est possible de préférer l'atmosphère ascétique et le canevas
infiniment plus dépouillé que l'on trouvera dans "Les Autres", il n'en demeure pas
moins que ce puzzle démentiel ouvre avec génie les portes des
cauchemars futuristes qui, peut-être, attendent l'esprit de
l'homme au détour d'expérimentations scientifiques hautement
hasardeuses...