Will (Jude Law), jeune architecte,
mène dand un quartier mal famé de Londres une vaste entreprise de
réhabilitation et de création urbaine. Si sa vie professionnelle est
riche, sa vie familiale est nettement plus difficile. Les relations
avec sa compagne Liv (Robin Wright Penn), d'origine suédoise, sont
embrumées. Quant à la fillette de Liv, Bea (Poppy Rogers), obsédée par
la gymnastique, elle refuse de manger et ne dort quasiment plus. Un
soir, les bureaux de Will sont cambriolés par deux jeunes acrobates,
dont l'un, Miro (Rafi Gavron), réfugié bosniaque, vit avec sa mère,
Amira (Juliette Binoche). Will, qui passe ses soirées aux alentours de
l'entrepôt où a eu lieu le vol, découvre Miro et le suit jusque chez
lui. Il prend contact avec Amira sous un prétexte futile...
Décédé il y a un peu plus d'un an, Anthony
Minghella n'aura laissé qu'un bien petit nombre d'oeuvres marquantes, à
savoir le sympathique "Truly, madly, deeply", le protéiforme "Retour à Cold Mountain", et surtout, le diamant étincelant qu'est "Le Patient anglais".
Un peu comme c'était le cas pour l'histoire de W.P.Inman et
d'Ada, mais avec des causes différentes, le drame présent, qui réunit à
nouveau des acteurs manifestement appréciés, à juste titre, par le
réalisateur, laisse plus que perplexe. Certes Londres n'est pas
l'Afrique du Nord, et la froide pluie britannique est peut-être moins
propice aux manifestations de passions exacerbées. Mais est-ce là une
raison suffisante pour expliquer la froideur générale qui se dégage de
l'oeuvre ? Les protagonistes se montrent tous convaincants dans leurs
registres respectifs, même Juliette Binoche qui s'intègre sans peine
dans la peau de cette réfugiée effacée et traumatisée, avec une mention
spéciale pour le jeune Miro de Rafi Gavron. Anthony Minghella, auteur
également du scénario, semble avoir voulu, par rapport à ses créations
précédentes, affiner les sentiments de ses personnages, adoucir les
situations dans lesquelles ils évoluent. Plus de guerres sauvages, plus
de combats horribles comme c'était le cas dans "Retour à Cold Mountain".
C'est l'après-guerre qui est le décor présent, c'est-à-dire non pas un
état de paix, mais un état de déliquescence ordinaire, dans lequel les
adolescents déboussolés, exilés par les combats, sont les esclaves
de truands aussi minables que
cruels. Ce sont en fait tous les personnages du film qui sont perdus,
isolés dans leur univers cloche, en quête d'une direction vitale,
émotionnelle. C'est dans cette uniformité de malaises larvés,
d'errements languides, que réside sans doute la difficulté qu'éprouve
le spectateur à éprouver de l'empathie pour ces ombres dessinées avec
une subtilité intellectuelle qui bride excessivement l'expression
charnelle. Alors que les émotions du "Patient anglais" vivaient des
pics d'embrasement qui incendiaient le coeur, celles qui sont
développées ici semblent étouffées, muselées. Et ce n'est que dans les
ultimes minutes que Will parvient à découvrir la clé qui ouvre la porte
de l'authenticité, que quelques blocs de glace commencent une fonte
légère. C'est en fin de compte une tiédeur générale qui domine.
Déconcertant...