Agathe
Villanova (Agnès Jaoui), militante féministe, est parachutée comme
candidate dans une région provençale qu'elle connaît bien, puisque sa
soeur Florence (Pascale Arbillot), habite avec son mari Stéphane (Guillaume de Tonquedec) la
maison léguée par leur mère, décédée l'année précédente. A son arrivée,
Karim (Jamel Debbouze), fils de Mimouna (Mimouna Hadji), une femme qui
sert la famille Villanova depuis des décennies, propose à Agathe de
tourner un film sur elle, en tant que femme de pouvoir qui a réussi.
Pour ce faire, il sera aidé par Michel Ronsard (Jean-Pierre Bacri), qui a jadis
réalisé un documentaire remarqué sur les corridas. Les débuts du
tournage sont laborieux...
Il est aisé de retrouver, dans cette histoire simple, les
thèmes de prédilection des deux créateurs, ainsi que le processus
d'exploration psychologique qu'ils privilégient depuis un certain
nombre d'oeuvres, tant théatrales que cinématographiques. A savoir une
descente plus ou moins acide dans les souterrains des relations
humaines, effectuée à travers une multitude de petites saynètes
accrocheuses, toujours composées avec gourmandise et incarnées avec
justesse par des comédiens charismatiques. Mais la réussite
incontestable de "Un air de famille",
mélange particulièrement équilibré d'humour et de corrosion, n'est pas
toujours aisément reproductible. Dans le cas présent, mélancolie,
humanisme, tendresse, rire, répondent tous à l'appel, le dernier
occupant même une place de choix, avec quelques moments tout à fait
hilarants. Pourtant, c'est une impression de tiédeur générale qui se
manifeste. Les deux compères reporters sont de gentils branquignols, un
tantinet touchants. Agathe est une militante pâlotte, dont la vigueur
combattive s'envole à la première brise. Florence est effleurée par la
révolte, mais ses velléités retombent aussi vite qu'un soufflé
raté. Nous ne sommes plus dans les tranches de vie saignantes du "Père
tranquille", mais dans d'inoffensives égratignures qui ne font de mal à
personne et s'oublient assez rapidement. Ce qui n'empêche nullement
l'oeuvre d'être fort agréable à visionner, d'autant plus que,
contrairement à ce qui se produit souvent dans les comédies, le
scénario ne se focalise pas exclusivement sur le tandem vedette. Agnès
Jaoui sait offrir une vie réelle à tous ses seconds rôles, ce qui
procure à l'ensemble l'aspect d'une fresque agréablement composite, à
défaut d'être acerbe. U n moment de cinéma sympathique, une peinture
parfois jouissive, mais dont le pinceau timoré ne laisse guère de
traces indélébiles...