Le milieu des années 40 en Amérique. Don Vito Corleone
(Marlon Brando), puissant Parrain de la Mafia Italienne, mène d'une
poigne solide ses "affaires" et la bonne marche de sa famille.
Il a trois garçons : Santino 'Sonny' (James Caan), l'aîné, Fredo
(John Cazale) et Michael (Al Pacino), le plus jeune, héros de guerre,
tenu à l'écart des activités du clan. Lorsque l'histoire commence,
Don Vito marie sa fille Connie (Talia Shire). C'est l'occasion de
recevoir les doléances et les suppliques de certains compatriotes. En
particulier celle du chanteur Johnny Fontane (Al Martino), filleul du
Parrain, qui se voit refuser le rôle de sa vie au cinéma, pour avoir
piqué l'une des conquêtes du producteur, Jack Woltz (John Marley). Tom
Hagen (Robert Duvall), fils adoptif de Corleone, est envoyé
"convaincre" le réfractaire. Comme la persuasion est
difficile, un moyen plus efficace est utilisé : c'est ainsi qu'un
matin, Woltz retrouve dans son lit la tête de son étalon préféré...
Un jour, Sollozzo, dit "Le Turc" (Al Lettieri), vient demander
une aide financière à Corleone pour monter un trafic de drogue.
Celui-ci refuse. C'est le début d'une escalade de la violence, qui
commence par l'agression de Don Vito, grièvement blessé de plusieurs
balles de révolver...
Pour les rares cinéphiles qui ne fréquenteraient pas encore la
fabuleuse base de données IMDB,
cette oeuvre est classée n°1 dans le Top des films de tous les temps,
juste devant "Les évadés" de Frank
Darabont. Il est toujours possible d'ergoter sur la prééminence
que nos affinités personnelles peuvent établir, mais,
incontestablement, ce "Parrain" premier du nom, est une
réussite majeure. Ce n'est pas sans une émotion certaine que le
spectateur observe le ballet tragique de ces personnages hiératiques ou
minables, incarnés par des acteurs de première grandeur. Marlon
Brando, bien sûr, nimbé d'une aura aussi blafarde que magnétique,
mais aussi James Caan, Diane Keaton et Al Pacino, avec la fraicheur et
le rayonnement de la jeunesse, Robert Duvall, méconnaissable, loin des
rôles de psychopates ou d'hallucinés qu'il endossera plus tard ("The
gingerbread man"...).
Mais c'est surtout l'élégance de la mise en scène, sa fluidité
exemplaire, le charme éloquent ou poétique des silences, la
juxtaposition envoûtante de séquences antagonistes (le long épisode
du mariage, presque 25 minutes, où sont habilement combinées les
scènes légères de festivités joyeuses et les entretiens
crépusculaires dans une atmosphère sépulcrale), qui font le prix de
cette oeuvre. Le réalisateur laisse à chaque tableau le temps de
s'épanouir pleinement, d'occuper l'espace et le temps nécessaires à
sa complète dilatation, ce qui rend les pics de violence d'autant plus
impressionnants et percutants. Alors que, de plus en plus, s'installe
l'obsession du "tout rapide", du découpage façon clip, où
un plan de cinq secondes paraît interminable, ce qui donne naissance à
des films qui semblent montés par un Parkinsonien, Coppola entoure ses
personnages avec attention, retenue, voire une sorte de vénération qui
n'est pas sans choquer quelque peu lorsqu'il s'agit tout bonnement
d'assassins. Dans les trentes premières secondes du film, apparaissent
d'ailleurs deux mots-clés passablement stupéfiants dans la bouche d'un
membre de la Mafia : "honneur" et "respect"
! Paradoxe pour le moins déroutant, pour le citoyen ordinaire qui,
sans être forcément adepte du dogme simpliste dans lequel bien et mal
sont délimités avec évidence, ne peut qu'être sidéré par la
psychologie sélective de ces pontes "hautement respectables",
qui, trente secondes après avoir clamé leur amour pour la
"famiglia" décident, sans états d'âme, de supprimer une
demi-douzaine de concurrents ! Mais c'est bien sûr oublier que, à
l'image des actes terroristes, ces entreprises sont initiées et
approuvées par Dieu... Le plus extraordinaire est que le réalisateur
parvient, grâce à l'amour qu'il porte à ses personnages, en
particulier Vito et son fils préféré Michael, à nous rendre
(presque) attachants ces êtres qui baignent dans le crime, le mensonge
et le machisme.
Même si, à mon goût, la richesse scénaristique, la construction
intelligemment ténébreuse, l'envoûtement sonore, et, surtout, la
mélancolie profonde de "Il
était une fois en Amérique" sont irremplaçables, il n'en
demeure pas moins que cette oeuvre offre d'inoubliables moments de
magie.
> Film
sur IMDB.com
Bernard
Sellier