1901. Courte rétrospective. Vito Andolini,
âgé d'une douzaine d'années, perd ses parents, assassinés par un chef
mafieux Sicilien, Don Ciccio (Giuseppe Cillato). L'enfant, qui échappe
de peu à la tuerie, est embarqué sur un navire pour les Etats Unis. A
peine débarqué à New York, il est mis en quarantaine pour cause de
variole. Retour en 1958. C'est la grande fête chez Michael Corleone (Al
Pacino), dans sa luxueuse prorpiété du Lac Tahoe (Nevada), à l'occasion
de la communion de son fils Anthony (James Gounaris). Le Sénateur Pat
Geary (G.D. Spradlin) fait une apparition remarquée. Mais sa présence a
surtout pour but les "affaires". Celles-ci se passent fort mal, Michael
ayant l'intention de mettre la main sur un hôtel casino et d'évincer le
tenancier en place, ce qui n'est guère du goût du politicien. Une
tentative d'assassinat manquée contre Michael et son épouse Kay (Diane
Keaton) met le feu aux poudres. Michael confie la jeune femme,
enceinte, à son demi-frère Tom Hagen (Robert Duvall) et se rend à Miami
afin de finaliser une association avec le richissime et célèbre Hyman
Roth (Lee Strasberg)...
Tourné
seulement deux ans après le "Parrain"
premier du nom, cette "suite" s'inscrit dans une continuité
classique, mais ouvre sa narration à un passionnant parallèle entre les
deux évolutions individuelles : celle de Vito, incarné de manière
exemplaire par Robert de Niro, tellement en symbiose avec la
personnification qu'en donnait Marlon Brando, que, bien souvent, le
spectateur a l'impression que la voix entendue, les gestes aperçus sont
une photocopie des siens ; et celle de Michael, un demi-siècle plus
tard, lui aussi sublimé par un Al Pacino grandiose. La trame
fondamentale ne varie guère : complots, hypocrisie, calculs, orgueil
insensé, délire de puissance, meurtres... La routine tragique et
désespérante des Mafiosi. L'ouverture du film se fait, comme dans
l'opus précédent, par une fête. Longuement exposée, comme il se doit.
Dans un premier temps, une interrogation se présente à l'esprit :
était-il vraiment nécessaire de donner une suite au chef-d'oeuvre
originel ? L'histoire qui va se développer sous nos yeux ne sera-t-elle
qu'une répétition, une contrefaçon destinée à profiter de la réussite
première ? La réponse s'impose rapidement : non ! Bien sûr, les
événements, les péripéties sont quasiment identiques, seuls les
protagonistes changent. Mais la descente dans le monde passionnel,
psychologique, pathologique du nouveau "Parrain" possède une telle
puissance, que l'utilité de cette suite s'impose comme une évidence.
Déchiré entre son rôle de meneur, où n'entrent en compte ni pitié, ni
faiblesse, ni états d'âme, et les quelques élans de sa conscience
d'homme aspirant à changer le cours d'une vie emportée par le crime,
Michael devient, au fil du récit, un être tour à tour répugnant,
ténébreux, émouvant, bref, intensément vivant.
Bien rarement auront été aussi palpables, autant perceptibles
par le citoyen ordinaire, étranger à ce monde autarcique, pervers
et diabolique, l'étouffement chronique, la claustration
accablante, l'austérité fiévreuse, qui sont le lot de ces
familles marquées à jamais par le délire des chefs de clan. (Chez les
Corleone, on rigole tous les 30 février) ! A ce titre, le personnage
emblématique de Kay, effacé, comme il se doit, tout au long de sa vie
dans l'ombre, nous livre, dans une scène sobre et magnifique, le
désespoir occulte de cette femme, réduite, comme ses consoeurs, à
l'état de potiche : elle fait disparaître l'enfant mâle qu'elle
attendait, pour ne plus entretenir cette suite ininterrompue de
massacres et de monstruosités.
Parsemée de reconstitutions grandioses, de moments intenses, dotée d'un
scénario plus riche et tortueux que précédemment, le récit se développe
avec lenteur, générant, plus encore qu'auparavant, une sorte d'hypnose
qui permet aux personnages d'imprimer leurs marques dans l'âme du
spectateur. Certaines longueurs sont présentes (la commission
d'enquête, par exemple). Mais quelques menues réserves n'entament en
rien la grandeur et le magnétisme qui se dégagent de cette saga
intensément triste.