1945. La seconde guerre mondiale se
termine. Un convoi de blessés parcourt l'Italie. Hana (Juliette
Binoche) est une des infirmières accompagnatrices. En quelques heures,
deux drames la blessent profondément. Elle apprend le décès de son
compagnon et l'une de ses meilleures amies meurt tragiquement. Au cours
d'une halte, elle décide de demeurer sur place, dans un vieux bâtiment
religieux dévasté, en compagnie d'un mystérieux blessé, dont on ignore
l'origine, et que l'on a baptisé "le patient anglais". Malgré les
objurgations des officiers et de ses collègues, elle s'installe donc et
demeure seule avec le malade. Quelques jours plus tard, un personnage
non moins mystérieux, David Caravaggio (Willem Dafoe), qui semble
connaître le blessé, apparaît et s'installe. Peu à peu, les morceaux du
puzzle de l'histoire des deux hommes vont se mettre en place et
dessiner leurs destinées tragiques...
Six ou sept visions, loin d'affaiblir l'exaltation ressentie d'emblée,
renforcent encore l'émotion soulevée par cette oeuvre passionnée et
passionnante ! C'est à la fois la plus folle passion et la plus
profonde détresse qui s'égrènent tout au long de ces deux heures et
demie magistrales. Le scénario, contruit tout en flash backs,
dissèque cette folie amoureuse comme le ferait un scalpel qui met à
jour peu à peu les organes et leurs relations fonctionnelles.
Le choix des interprètes, remarquablement inspiré, concourt grandement
à la magie envoûtante qui se dégage par vagues jusqu'au finale. Ralph
Fiennes, sombre et ténébreux, monolithe volcanique, porte derrière son
masque figé toute l'exaltation de l'amour et toute la détresse d'un
monde sensible dans lequel il ne sait pas ou ne veut pas s'intégrer. Un
monde dans lequel la passion extrême ne parvient pas, sans doute à
cause de cet excès même, à installer la paix et l'illumination. Sans
effets, sans presque modifier son expression, il irradie l'amour et le
désespoir, la flamme de la vie et la mort. La scène filmée de loin,
dans laquelle on le voit transporter le corps de sa
bien-aimée est magnifique.
Kristin Scott Thomas, radieuse de grâce et de beauté,
illumine de son visage, de sa voix, de son être
entier, toutes les scènes qu'elle habite.
Même si la passion des deux amants (qui atteint presque la folie,
puisque le comte Almasi (Ralph Fiennes) ira jusqu'à faire passer la vie
de son amante avant l'intérêt de son pays), occupe la première place,
il serait tout à fait injuste de sous-estimer le rôle de Hana, dont
l'histoire est le symétrique inversé de celle de Katherine
Clifton (Kristin Scott Thomas). Tandis que s'installe la destruction
progressive dans l'union d'Almasy et de Katherine, on assiste,
parallèlement, à la lente et poétique naissance d'un amour sensuel et
paisible entre le démineur étranger et Hana. L'une des plus belles
scènes du film est sans doute d'ailleurs celle où l'on voit Juliette
Binoche virevolter dans la pénombre au milieu des fresques
moyenâgeuses. Un tourbillon de grâce dans un monde en destruction.
Ce film, d'une beauté et d'une richesse infinies (la musique est elle
aussi sublime), explore les tréfonds des âmes et des coeurs
submergés par des passions qui les submergent. Il marque d'une profonde
empreinte le spectateur et le laisse émerveillé et pantelant.
Film sur
IMDB