Michael
Jennings (Ben Affleck) est un ingénieur dont les missions, top
secrètes, se déroulent de manière un peu particulière. Une fois son
travail accompli, son ami Shorty (Paul Giamatti) efface de son cerveau
les souvenirs accumulés pendant la période d'"emploi". Un
jour, James Rethrick (Aaron Eckhart), ami de Michael, lui propose un
nouveau job, mieux rétribué que les précédents, mais d'une durée
beaucoup plus longue : sans doute trois ans ! Après une hésitation,
Jennings accepte. Une fois dans les locaux de la Société Allcom, pour
laquelle il va oeuvrer et qu'il ne quittera plus pendant toute la durée
du contrat, un isotope lui est injecté, qui détruira toutes les données
engrangées lorsque Michael sortira. C'est ce qui se produit.
Malheureusement, le jeune homme a la mauvaise surprise de constater
qu'au lieu des dix millions de dollars promis, il ne récupère qu'une
pochette avec une vingtaine d'objets sans valeur ! Et, comble de la
surprise, il semblerait que ce soit lui qui, avant d'être "effacé"
aurait renoncé à l'argent au profit de ces babioles !...
Le sujet de la mémoire est décidément à la mode. Ce qui est bien
compréhensible, étant donné les infinies possibilités scénaristiques
qu'offre ce mystérieux empilement de millions de faits, soumis à
l'écoulement apparent du temps. Que ce soit sur le plan purement
médical ("Se souvenir des
belles choses", "N'oublie
jamais") ou sur le plan des facteurs extérieurs ("Mémoire effacée"), on
ne compte plus les films récents qui jouent plus ou moins habilement de
ce sujet. Ici, nous sommes dans le primaire basique, tout au moins en
ce qui concerne l'évolution du scénario. Et c'est bien regrettable, car
l'idée de départ, tout à fait passionnante, aurait mérité
autre chose qu'une accumulation vaine de poursuites agitées et
invraisemblables à souhait, comme nous en délivre régulièrement le
cinéma américain.
S'appuyant sur un rêve sans doute aussi vieux que l'humanité : savoir
si l'avenir peut être perçu et, si oui, quelles en seraient les
conséquences ("Retour
vers le futur" !), et construit sur une idée tout à fait
jouissive : programmer sa survie avant "effacement définitif", en se
faisant envoyer les outils nécessaires à elle, la trame se prêtait
particulièrement bien à une reconstitution de puzzle envoûtante. Le
résultat sur ce plan là est bien mince, et ce sont surtout les jambes,
les braset les armes en tous genres, qui tiennent la première
place. Suivant les plans, on se croirait parfois dans "Minority report"
(inspiré du même Philip K. Dick), ou au coeur d'un épisode de
"Mission impossible"
dans lequel, malheureusement, le bruit et la fureur remplaceraient les
neurones et la subtilité. Sans compter que Ben Affleck, certes
sympathique, semble bien pâle, même à côté de Tom Cruise, qui n'est
pourtant pas un modèle d'aventurier à la Indiana Jones. Uma Thurman n'a
pas de mal à se montrer plus magnétique que son coéquipier. L'agitation
permanente et la tortuosité de l'aventure sont tels que le scénariste
pourrait nous faire gober n'importe quelles aberrations. Et la
conséquence immédiate est que notre souvenir (celui qui n'est pas
encore effacé !) ne retient pas grand chose de ce salmigondis, une fois
le générique de fin arrivé !
A réserver avant tout aux accrocs du survitaminé, même si
l'intelligence n'est pas complètement absente... "Minority report" ou "Total Recall", jallis de
l'inspiration du même auteur, sont infiniment plus riches et
envoûtants !