Jed Cooper
(Clint Eastwood) est accusé, par un groupe d'hommes sous les ordres du
"Capitaine" Wilson (Ed Begley), d'avoir volé un troupeau de bétail. Il
est pendu, mais, heureusement sauvé in extremis par le Marshal Dave
Bliss (Ben Johnson), qui ramenait à Fort Grant un convoi de
prisonniers. Le Juge Adam Fenton (Pat Hingle) reconnaît l'innocence de
Cooper et lui propose, sachant qu'il a jadis fait partie de la police
de Saint-Louis, d'accepter le poste de Marshall fédéral. Jed accepte et
part à la recherche des hommes qui l'ont exécuté sans jugement...
L'histoire commence de manière très classique, comme dans les bons
vieux westerns des années cinquante. Pourtant, Sergio
Leone a déjà pulvérisé les codes du genre avec sa "trilogie" ("Pour une
poignée de dollars", "Et
pour quelques dollars de plus", ainsi que, deux ans plus tôt,
"Le Bon, la Brute, le Truand").
Sans parler du sublime "Il
était une fois dans l'ouest", sorti la même année que le film
de Ted Post. Mais, si l'on fait abstraction de ces monuments,
et que l'on se concentre sur le drame, l'oeuvre acquiert, au fil de la
narration, un intérêt et une densité inattendus. Ce qui semblait
prendre le chemin d'une vengeance primaire devient progressivement une
réflexion passionnante sur la notion de justice, et un constat
affligeant sur la manière moyenâgeuse dont les exécutions étaient
appliquées. Avec 19 Marshall et une seule juridiction pour un
territoire de presque 200 000 kilomètres carrés, il n'était pas
question de finasser. Peu à peu, la figure honorable du Juge Fenton
laisse apparaître des zones sombres, ses motivations semblent
douteuses, mais, au final, il n'est que le représentant d'une loi
hautement répressive, encore incapable de se donner les moyens de faire
régner une justice mesurée. En comparaison des lynchages aveugles,
exécutés dans la haine, en dehors de toute légalité, les procès et
jugements de la cour semblent un progrès indéniable. En réalité, il ne
s'agit que d'un simulacre, comme nous en voyons encore aujourd'hui,
dans tous les pays totalitaires. Clint Eastwood, trois ans avant
l'arrivée de "L'Inspecteur
Harry", campe ici un personnage annonciateur, quoique
beaucoup plus mesuré, partagé entre un compréhensible besoin de
vengeance, le désir de mettre fin à la loi de la jungle et à l'impunité
des truands, mais sans avoir encore fait sienne la certitude que la
justice crée parfois sa propre impuissance. Et c'est un plaisir de
revoir Inger Stevens dans un rôle, lui aussi, ténébreux.
L'action, telle qu'on peut l'attendre de ce genre
de film, est restreinte, la mise en scène ne fait pas preuve d'une
originalité particulière, mais le sujet et le contexte historique se
révèlent fort intéressants.