Jean-Christian
Ranu (Daniel Auteuil) occupe un modeste poste de comptable au sein de
la grosse compagnie d'assurances Cogip. Sa vie est à l'image de sa
fonction : terne, monotone et sans entrain. Jusqu'au jour où il se fait
renverser par la voiture d'un chanteur pop passablement oublié, Gilles
Gabriel (Alain Chabat). Les contusions sont légères, mais
Jean-Christian ne tarde pas à s'apercevoir que le conducteur est rentré
dans sa tête, et qu'il ne peut plus en sortir. Le comptable doit donc
subir toute la journée les râles et les injonctions de son co-locataire
corporel, ce qui ne va pas manquer de chambouler quelque peu son
existence, tant sentimentale que professionnelle...
Tout d'abord une question simple : comment peut-on donner un
titre aussi affligeant à un film ? S'il n'y avait pas sur l'affiche les
noms de Chabat, d'Auteuil et de Marina Foïs (excellente en complexée
réfrigérante), ce serait à vous dégoûter d'entrer dans la salle...
Passons sur ce point. L'idée de départ est intrigante, amusante, un
tantinet originale. Le malheur est qu'au bout d'un petit quart d'heure,
le scénario donne l'impression d'avoir épuisé le filon. Heureusement,
quelques péripéties sympathiques viennent égayer le développement du
concept, et l'histoire oscille tranquillement entre le gentiment
foutraque et le délire limite grotesque. Les événements sont parachutés un peu n'importe comment,
à la va comme je te pousse, dans un récit qui ne sait pas respirer.
L'autre problème majeur est que, à
l'image du personnage virtuel d'Alain Chabat, dont le ton demeure en
permanence distancié pour ne pas dire ennuyé, le film dans son ensemble
ne parvient jamais à décoller vraiment, à exciter un tant soit peu
le spectateur, à lui faire croire une seconde à cette métamorphose
psychanalytique pour cause d'incursion d'un ego externe. La tiédeur
règne sur toute la durée, et ce ne sont
pas des dialogues très moyennement inspirés qui sauvent l'entreprise de
la morosité. Sur un thème cousin germain, "Multiplicity" était
autrement jouissif, sans pour cela être un chef-d'oeuvre...