Claire (Sandrine Kiberlain) et Bruno (Yvan Attal),
vivent ensemble depuis douze ans et passent, tant auprès du cousin
Patrick (Lionel Abelanski), que de leurs amis, pour un couple modèle.
Une réunion festive est organisée à l'occasion du déménagement de
leur domaine, mis à la vente. Excédée par cette unanimité, Claire
choisit ce jour-là, pour annoncer à Patrick qu'elle se sépare de
Bruno. Ce n'était là qu'une plaisanterie, mais, d'une part, Bruno la
prend fort mal, d'autre part, tous les amis, informés aussitôt, ne
se montrent aucunement surpris. Un ancien "ennemi"
d'enfance de Bruno, Serge Hatier (Jean-Paul Rouve), entre
immédiatement en "contact" avec Claire, nouvellement
libre...
Tiré d'une pièce de théâtre, le film en garde les marques
classiques : unité de lieu, de temps et d'action. Le cadre étroit de
la scène est juste élargi à la surface d'un domaine campagnard pour
le moins agréable à vivre. Le plus intéressant, de loin, dans cette
énième variation sur le thème inépuisable de l'amour, réside
évidemment dans le postulat de départ. A partir d'une phrase lancée
sur le mode de la plaisanterie, vont se développer, s'enfler en
boules de neige, des mises à jour douloureuses et des
restructurations intérieures difficiles à vivre. L'ensemble
pourrait être une évidente démonstration de l'adage qui veut que
"à la source de toute plaisanterie, réside un atome de
vérité".
Le traitement de ce marivaudage dangereux reste des plus
traditionnels. L'alternance des différents points de vue des
protagonistes : espoirs, médisances, jalousies, égoïsmes,
permettent juste à la caméra de varier les plans, passant
d'extérieurs verdoyants aux pièces variées de la grande bâtisse,
aérant quelque peu le décor monolithique d'un théâtre. Le contenu,
lui aussi, demeure tout à fait conventionnel. Sandrine Kiberlain,
assez froide, ambiguë, tient avec justesse son rôle de domino
originel. Le pivot substantiel de l'oeuvre reste évidemment Serge,
incarné de manière subtile et jouissive par Jean-Paul Rouve, qui, de
l'état initial de cheveu incongru sur la soupe, atteint, grâce à sa
perfidie naturelle et à son intelligence matoise, le stade de
vainqueur par KO. Malheureusement, cela demeure un peu faible pour
densifier l'ensemble, qui ne s'élève jamais au-dessus d'un
vaudeville intelligent, légèrement cruel, sans vulgarité, mais sans
trace de génie ou même d'originalité dans son évolution. D'autant
plus qu'un certain nombre de personnages (Eve, Peggy, Christian...)
sont tout à fait superflus, tant leur présence dans l'histoire est
anecdotique.
Agréable et ludique, mais, à l'instar du tempérament de Claire,
superficiel...