Antoine
Derouère (Jalil Lespert), récemment diplômé de l'école de police,
choisit au dernier moment une affectation à Paris, ce qui n'enchante
guère sa femme, Julie (Bérangère Allaux), bien décidée à ne pas
quitter Le Havre. Antoine se retrouve donc seul à Paris, dans l'équipe
que dirige le Commandant Caroline "Caro" Vaudieu (Nathalie
Baye). Il est confronté à la routine jusqu'à ce qu'un homme soit
repêché dans la Seine. Le meurtre aurait été commis par des Russes.
Une enquête difficile commence...
Même s'il ne joue pas la carte du documentaire, à l'instar, par
exemple, de "L 627", il n'en demeure pas moins que le film de
Xavier Beauvois se situe à des années-lumière des oeuvres auxquelles
nous sommes accoutumés, même issues de l'hexagone, comme celles
d'Olivier Marchal ("36 Quai des
Orfèvres"). Dans le cas présent, l'action est carrément
absente, et la narration se concentre sur le quotidien sombre et terne
de ces hommes et femmes qui, pour la plupart, n'ont pas ou plus de vie
familiale. C'est avec une sobriété absolue, mais non dénuée
d'humanité, que le réalisateur suit les quelques semaines de
l'intégration du jeune provincial. La gravité est constante,
l'esbroufe est enfermée au placard, le naturel s'impose sans
concurrence. Les dialogues sont banals, les situations le sont tout
autant, au point que la journée de l'un de ces policiers semble prendre
l'apparence d'une tranquille routine, voire d'une sinécure. Sauf qu'il
suffit d'un instant de relâchement, d'une seconde de ras le bol, d'un
geste anodin, pour que la tragédie frappe à la vitesse de la foudre.
Et la légèreté avec laquelle on prenait cette histoire apparemment
sans grand relief est soudain balayée par une commotion inattendue. Le
coeur se serre et cette chute dans l'horreur nous fait prendre
conscience, par son instantanéité, et beaucoup plus efficacement que
ne le ferait une étude psychologique approfondie, de la fragilité extrême de nos
fils de vie.
Un exemple d'ascétisme narratif dramatiquement percutant.