Alex Law (Ewan McGregor) est
journaliste. David Stephens (Christopher Eccleston) est comptable.
Juliet Miller (Kerry Fox) est médecin. Tous trois partagent un grand
appartement et cherchent un quatrième colocataire. Ils auditionnent
plusieurs candidat(e)s et jettent leur dévolu sur Hugo (Keith Allen).
Celui-ci emménage, mais, le lendemain matin, ses compagnons le
découvrent mort. A ses côtés, une valise emplie de billets de banque.
Que faire ? Après délibération, le trio décide de garder l'argent et de
faire disparaître définitivement le corps...
L'humour noir anglais est
parfois un régal, même pour nous autres mangeurs de grenouilles, qui
n'évoluons pas toujours dans les mêmes sphères de l'esprit ironique.
C'est le cas ici. Cette aventure abracadabrante est menée par Danny
Boyle sur un rythme soutenu, sans un temps mort, se concentrant sur
l'essentiel, sans fioritures ni superflu, mais avec un brio et une
inventivité permanents. Il trouve un juste équilibre entre les
extrêmes, oscillant d'un montage speedé à des scènes zen, louvoyant
subtilement entre sérieux et loufoquerie, dans une mise en scène
fougueuse mais sobre. Le scénario est intelligent, imaginatif, et son
éventuelle prévisibilité ne nuit jamais au suspense, qui est
brillamment soutenu jusqu'à la fin. Les personnages sont joyeusement
croqués, avec une mention spéciale à David, binoclard constipé dont
l'évolution psychologique réserve quelques croustillantes surprises,
ainsi qu'au couple de policiers, sorte de pieds-nickelés à la mode
british, tout à fait irrésistibles.
La musique est au diapason
de ce télescopage des genres, introduisant de manière jouissive
l'atmosphère antagoniste de celle véhiculée par
l'image.
Malgré le sujet
lugubre et plutôt macabre, qui fait souvent penser à certains passages
de "Fargo", le réalisateur parvient à nous faire rire
de cette suite d'horreurs, sans jamais verser dans le sordide ou le
délire vulgaire. Le doublage français, en revanche, ne me semble pas
toujours idéal.
Dans le genre, une très
belle réussite.