Martin Vail (Richard Gere) est
un avocat brillant et très médiatique. L'Archevêque Rushman (Stanley
Anderson) vient d'être assassiné de manière horrible à coups de
couteau. Un suspect est très rapidement repéré et arrêté. Il s'agit
d'un jeune homme apeuré, Aaron Stampler (Edward Norton), couvert du
sang appartenant au prélat. Martin se rend immédiatement à sa cellule
et, conscient de la notoriété que cette affaire peut lui apporter,
propose à l'accusé une défense gratuite. L'accusation est menée par
Janet Venable (Laura Linney), ancienne maîtresse de Martin. Ce dernier
est persuadé qu'Aaron est innocent. Il le fait examiner par une
neuropsychologue, Molly Arrington (Frances Mc Dormand). Tandis que le
procès commence, Tommy Goodman (Andre Braugher) poursuit son enquête
pour le compte de la défense...
Les films de procès, habilement agencés, fertiles en rebondissements,
ont souvent donné lieu à des oeuvres mémorables : "Douze
hommes en colère" ou "Des
hommes d'honneur", pour n'en citer
que deux. Celui-ci ne démérite aucunement, bien au contraire. Il
permet tout d'abord à Richard Gere de prouver qu'il est encore capable
d'illuminer certaines réalisations et de ne pas se contenter de
figurations dans des productions assez médiocres, comme certains
critiques, à juste titre, l'ont souligné. Du personnage de cet avocat
a priori cynique, méprisant, mégalo et orgueilleux, il parvient à
livrer une composition subtile, complexe et émouvante, grâce, il faut
le souligner, à un scénario particulièrement habile. Habitué à
jouer habilement de la vérité qu'il tente d'imposer, à se servir des
autres, surtout de ses adversaires, pour parvenir à la seule fin qui
l'intéresse : gagner, il devient à son tour un objet manipulé et
dérisoire. Son aveuglement est tel que, pour écraser la femme qui le
déteste, il est prêt à croire ce qui l'arrange.
Toute cette histoire édifiante illustre clairement et dramatiquement le
paradoxe que lance Martin avec arrogance au début du film : "la
vérité, c'est celle que je crée chez ces douze hommes et femmes du
jury". A partir d'un fait divers simplissime, un meurtre et une
mise en accusation, le réalisateur s'enfonce dans les méandres des
intérêts égoïstes, dans le jeu des apparences et, surtout dans les
profondeurs inconnaissables de l'inconscient. Et si Richard Gere et la
délicieuse Laura Linney composent sous nos yeux un combat de fauves,
avec justesse et efficacité, l'intérêt primordial jaillit de la
performance exceptionnelle d'Edward Norton, qui, pour son premier rôle,
démontre l'étendue de son talent. Il est tout aussi difficile
d'oublier son regard désespéré de chien battu, que la dernière
scène du procès ou la fin du film, qui laisse un goût plus qu'amer.
Du grand art.