George
Malley (John Travolta) est un modeste employé de garage dans
un bourg de la campagne américaine. Il est amoureux de la belle et
solitaire Lace Pennamin (Kyra Sedgwick) qui vit seule avec ses deux
enfants. Mais elle ne lui laisse aucun espoir. Une nuit, après avoir
fêté son 37 ème anniversaire avec ses amis, en particulier Nate Pope
(Forest Whitaker) et le médecin du village, Brunder, (Robert Duvall),
George aperçoit une vive lumière et perd connaissance. A son réveil, il
est un autre homme. Lui qui a toujours été un cancre, il dévore
plusieurs livres par jour, apprend tout ce qu'il veut, devient sensible
aux vibrations telluriques et se découvre des pouvoirs de télékinésie !
Ce "cadeau" providentiel ne va pas tarder à lui causer bien des
désagréments...
Lors de la sortie du film, certains critiques n'ont pas manqué de
vitupérer contre cette histoire qui pourrait être une apologie de la
transformation miraculeuse que propose, par le biais de pratiques
douteuses, l'école de Scientologie dont John Travolta fait partie. Je
ne sais absolument pas quelle est la réalité, à supposer qu'on puisse
la connaître, concernant ce groupement. Certains sont prompts à juger,
à condamner, oubliant que, d'une part, tout ce qui existe est
participateur de notre évloution, même si l'apparence ponctuelle est
"négative", et, d'autre part, confondant rumeurs et faits. Pour avoir
fait personnellement partie de plusieurs Ordres mystiques tout à fait
"sains", je sais, par expérience, que s'y engouffrent toutes sortes de
personnages qui vont de l'être hautement évolué spirituellement (en
apparence, bien sûr...) à la personnalité plus... allumée, si l'on peut
dire. Il n'en reste pas moins que, bien évidemment, les fautes avérées
de certains groupuscules ou "sectes" doivent être sanctionnés sans
hésitation.
Plutôt que de faire un procès d'intention à cette aventure,
examinons-la un tant soit peu objectivement. Le scénariste a
intelligemment choisi un individu ordinaire, un "bon sauvage" à la mode
Rousseau, pour être le dépositaire de ce don bien encombrant. Avec
simplicité, rusticité, une certaine superficialité aussi, il faut le
reconnaître, il croque, à travers des incidents plus ou moins ténus,
les conséquences funestes de cette invasion soudaine de capacités dans
un être fruste qui ne sait comment les utiliser, n'ayant pas la
connaissance spirituelle ou ésotérique nécessaire. Toute cette
histoire, tout au moins jusqu'à l'explication finale, elle aussi
judicieusement choisie, évitant l'écueil du surnaturel ou du grotesque,
pourrait être une illustration de cet adage : "on ne peut pas faire le
bonheur de quelqu'un malgré lui". Nombre de personnes multiplient les
pratiques plus ou moins dangereuses pour accéder à cette illusion des
"pouvoirs" qu'ils confondent avec la véritable évolution spirituelle,
et seraient prêts à tout donner pour les posséder. George les reçoit
sans avoir rien demandé et connaît la souffrance que génère leur
acquisition : incompréhension et peur des autres, jugements, rumeurs,
calomnies. Dans cette vision bien peu idyllique, se profile même la
célébration de la simplicité et de l'humilité dans son sens propre :
être conscient de sa place de vie et l'apprécier pleinement.
Cette fable quelque peu "philosophique" me rappelle une histoire
hindoue que j'aime beaucoup et dont je transcris l'idée, ne me
rappelant plus les détails exacts :
"Un jour Bouddha, en se
promenant, rencontre un grand et célèbre Sage, très âgé. Celui-ci se
prosterne et demande : "Maître, pouvez-vous me dire combien il me reste
de vies à effectuer sur cette terre ?" Bouddha lui montre un arbre avec
toutes ses feuilles et lui répond : "Autant que de feuilles sur cet
arbre !". Le Sage est effondré. "Tant que ça, avec tout ce que j'ai
fait, toutes les prières que j'ai effectuées... C'est horrible...".
Bouddha poursuit son chemin et rencontre un paysan usé par le travail.
"Maître, demande le paysan, combien de vies me reste-t-il à effectuer
sur cette terre ?" Bouddha lui montre un arbre comportant dix fois plus
de feuilles que le précédent et lui dit : "Autant de feuilles que sur
cet arbre, mon brave !". Le paysan s'incline et répond : "Très bien, je
vais me remettre au travail tout de suite". A cet instant, une
bourrasque survient et arrache toutes les feuilles de l'arbre... sauf
une...
A méditer...