Andrew
Beckett (Tom Hanks) est un brillant avocat qui travaille pour le
cabinet Wyant, Wheeler, de Philadelphie, dirigé par Charles Wheeler
(Jason Robarts). Andrew est atteint du Sida. Son état de santé l'oblige
à des séjours hospitaliers de plus en plus fréquents. Lors d'une
affaire très importante dont il est chargé, son dossier disparaît
mystérieusement, pour réapparaître quelques heures avant le procès. Ses
employeurs le licencient pour faute professionnelle. Il cherche une
aide auprès de nombreux avocats qui refusent. Après beaucoup
d'hésitation, l'un d'entre eux accepte. Il s'agit de Joe Miller (Denzel
Washington), dont la femme, Lisa (Lisa Summerour) vient d'accoucher. Le
procès débute...
Film poignant sur l'amour de la vie, la tolérance, l'acceptation de
l'autre sans jugement ou préjugés, et, bien sûr, magnifié grâce à
l'exceptionnelle incarnation par Tom Hanks de cet homme brillant,
adulé, qui, déjà condamné à une mort programmée, inéluctable, voit
disparaître dans l'abîme son dernier rocher, celui qui le maintenait
l'égal de ses frères humains, au-dessus des vagues dévastatrices : son
métier d'avocat qu'il aime et dans lequel il excelle. Il serait
injuste, d'ailleurs, dans cette louange qui a vu Tom Hanks justement
récompensé par un Oscar, d'oublier Denzel Washington et Antonio
Banderas, qui personnalisent avec délicatesse et intensité deux faces
de l'attitude humaine confrontée à un être différent.
Tout cela a été dit, écrit, avec justesse. Et pourtant, j'avoue que la
vision de cette oeuvre, à l'époque de sa sortie, ne m'avait pas laissé
grand souvenir ! J'ignore quelle en était la cause à l'époque.
Aujourd'hui, tout en admirant l'intensité de ce drame et en ressentant
une profonde compassion pour Andrew, je sens toujours une certaine
réserve vis à vis de la réalisation. Comme si une impression sourde
d'affectation, d'insistance mélodramatique venait perturber la pureté
de ce qui aurait du être livré dans une dignité simple et sublime. Il
s'agit là d'une sensation purement subjective, bien entendu. Dans
l'absolu, si Jonathan Demme a su avec intelligence éviter l'écueil du
film de procès redondant et tapageur, pour donner sa juste place au
vécu intérieur du principal personnage, il ne s'est pas dispensé de ce
tic agaçant qui semble indissociable des fresques judiciaires
américaines : un début agité, en montage haché qui se veut vivant, de
situations dans lesquelles se trouvent les protagonistes au
commencement de l'histoire ; résultat : on nage dans une espèce de
brouillard bruyant dans lequel on se perd, n'ayant jamais entendu
parler des personnages dont il est question !
Autre sujet de réflexion, les scènes filmées en noir & blanc ou
en couleurs de l'enfance d'Andrew apportent-elles vraiment l'émotion
intense qu'elles sont supposées véhiculer ? Ce n'est pas tellement mon
avis. La brièveté est souvent le plus sûr moyen d'émouvoir et, en ce
sens, deux moments magnifiques illuminent cette oeuvre : Andrew et son
compagnon Miguel Alvarez (Antonio Banderas) dansant, déguisés en
officiers de marine, et, surtout, ce passage magique où Andrew fait
écouter à Joe son aria préférée : la "mamma morta" extraite de "André
Chénier" de Giordano, dans la sublime interprétation de Maria Callas.
Deux séquences courtes, mais d'une beauté suprême.