Stu Shepard (Colin Farrell)
est un impresario qui joue des mensonges et affabulations comme d'une
arme professionnelle et relationnelle. Ainsi qu'il le fait chaque jour,
il appelle Pamela McFadden (Katie Holmes), dont il rêve de faire sa
maîtresse en lui promettant d'hypothétiques merveilles. Mais, pour ce
faire, il utilise une des dernières cabines téléphoniques de ce
quartier de Manhattan, afin que sa communication n'apparaisse pas sur
la facture de son portable et ne soit pas repérée par sa femme, Kelly
(Radha Mitchell). Mais l'appel d'un inconnu qui sait tout de ses
hypocrisies l'oblige à demeurer au téléphone. Embusqué dans l'un des
immeubles alentour, muni d'un fusil à lunette, l'inconnu entreprend de
lui faire expier ses trahisons.
La filmographie de Joël Schumacher est assez éclectique. Films de
guerre ("Tigerland"), adaptations de BD
("Batman forever"), drames psychologiques ("Chute libre"), films
policiers ("8 mm"), drames musicaux (le récent "Fantôme de l'opéra")...
C'est pour le moins du varié. Ici, nous sommes dans le minimaliste et
presque l'exercice de style. Quatre-vingt minutes à peine, mais un lieu
unique, confiné qui plus est, et une conversation téléphonique à bâtons
rompus. Unité de temps, de lieu et d'action. Dans ce genre, aux
limites, tant visuelles que narratives et psychologiques,
particulièrement restreintes, la réussite est indéniable. Une image
brièvement exposée du personnage, hyper actif, beau parleur, bluffeur
et mystificateur sans vergogne ni états d'âme, brossée sous la forme
moderne d'un clip survitaminé, et l'entrée dans le vif de la matière se
fait sans attendre. Dès lors, la tension ne faiblit pas et, dans le
cadre formaté de cet accouchement original d'une authenticité bafouée,
le spectateur est habilement scotché par la succession ultra rapide des
rebondissements, manipulations, de cette course contre la montre
extravagante. Après vision, une fois les neurones calmés, il sera
possible de piocher dans ses souvenirs de multiples références : "Duel"
de Spielberg, "Chute libre", "Meurtre en suspens", et, pourquoi pas "le silence des agneaux", pour la courte scène
finale... De même, en ce qui concerne le fond de l'histoire, peut-être
pourra-t-on y lire une mise en lumière et, pourquoi pas, en accusation,
de la superficialité manipulatrice des médias, de la course à la
réussite matérielle quel qu'en soit le prix.
Mais, sans aller aussi loin dans la signification métaphysique ou
sociale, qui ne sont probablement pas l'objectif premier, il est sans
doute plus judicieux de voir ce film pour ce qu'il est : un thriller
aux ambitions modestes qui ne manque pas d'efficacité. Dommage que le
doublage de l'inconnu soit aussi peu réussi, manquant de mystère et de
menace. Colin Farrell est, lui, parfaitement crédible dans ce rôle de
bellâtre hypocrite qui tombe le masque par obligation.
A noter que l'auteur, Larry Cohen, avait, paraît-il, proposé le sujet
dans les années 60, à Alfred Hitchcock...