1939.
La famille de Wladyslaw Szpilman (Adrien Brody), pianiste juif vivant à
Varsovie, apprend que la Grande Bretagne vient de déclarer la guerre à
l'Allemagne nazie. Un an plus tard, les quelque 500 000 Juifs de la
capitale polonaise sont regroupés dans le tristement célèbre ghetto.
Wladyslaw survit tant bien que mal. Son frère Henryk (Ed Stoppard)
tente de résister à l'oppresseur. En mars 1942, la grande majorité des
Juifs est déportée vers Treblinka. Szpilman seul est sauvé
par une de ses anciennes connaissances, tandis que le reste de sa
famille embarque pour le camp. Commence pour le rescapé trois
sombres années de famine et d'angoisse...
Lorsqu'une oeuvre aborde, avec dignité et pudeur, cette
période qui compte probablement, hélas, parmi les plus
sombres de l'histoire humaine, pourtant amplement fournie en guerres et
abominations, il est quasiment superflu de s'enfoncer dans des
commentaires qui sembleraient bien futiles. Roman Polanski a choisi de
nous faire vivre l'agonie progressive d'un peuple puis la descente aux
enfers d'un homme seul, perdu dans une errance solitaire qui ressemble
à un bannissement de la vie elle-même. Tout cela avec une sobriété
ascétique d'autant plus émouvante qu'elle est constamment empreinte de
retenue et d'honnêteté, ne cachant aucune horreur, exécutions
sommaires, folie meurtrière des occupants, mais privilégiant la
détresse intérieure de l'individu.
Adrien Brody est remarquable dans l'évolution expressive de ce
personnage, d'abord quelque peu étranger à ce qui l'entoure, puis
s'enfonçant progressivement dans une annihilation de tout ce qui
faisait sa personnalité tant artistique que simplement humaine, et
mérite amplement le César qu'il a obtenu pour ce rôle. Cela dit, la
musique est étrangement absente de cette oeuvre, si l'on excepte le
magnifique moment où Wladyslaw joue, à la demande de l'officier
allemand, la première Ballade de Chopin. Et j'avoue, tout de même, ne
pas comprendre très bien la pluie de récompenses, en particulier celle
de la meilleure musique, qui a couronné ce film, certes très
émouvant, mais cependant fort académique et bien long...