Weatherby Swann (Jonathan
Pryce) est gouverneur de Port-Royal, aux Caraïbes. Il recueille un
enfant dérivant sur un radeau, Will Turner (Orlando Bloom), et l'élève
avec sa fille, Elizabeth (Keira Knightley). Une dizaine d'années plus
tard, arrive dans le port le capitaine pirate Jack Sparrow (Johnny
Depp). Reconnu, il est fait prisonnier et condamné à mort. Mais les
pirates de Barbossa (Geoffrey Rush), ancien second de Jack qui a pris
sa place après l'avoir abandonné dans une île déserte, attaque la ville
et s'empare d'Elizabeth, croyant qu'il s'agit le la fille de son ancien
coéquipier Turner. Elle seule peut en effet briser la malédiction qui
pèse sur tout l'équipage : ils sont des morts vivants ! Will libère
Sparrow et tous deux s'emparent d'un navire britannique pour se lancer
à la poursuite de la belle...
Quelle histoire de fou ! A
n'en pas douter, l'équipe toute entière, des scénaristes, (qui ont
trituré dans tous les sens possibles le matériau de base jusqu'à
l'essorer complètement), aux acteurs, a dû s'en donner à coeur joie !
Lorsque le mot "fin" survient, il faut avouer que tous les bouts de cet
embrouillamini se bousculent un peu dans le cerveau. Entre les
poursuites incessantes, les captures de navires, les emprisonnements,
les reprises des dits navires, les pirates squelettes, les anciens
pirates engagés pour donner la chasse aux forbans précités, une baleine
s'y noierait ! C'est agité en permanence, inventif, souvent drôlatique,
et bourré d'effets spéciaux particulièrement réussis parce qu'ils
s'intègrent habilement au récit sans s'octroyer une place démesurée.
Johnny Depp cabotine avec une délectation qui devient vite
communicative. Geoffrey Rush campe un pirate plus vrai que nature.
L'atmosphère lugubre, fantasmagorique, est particulièrement bien
rendue, oscillant entre brumes opaques et noirceur menaçante. Le rythme
est là. Bref, tout concourt à donner naissance, après bien des années
de vaches maigres dans ce genre autrefois brillant ("L'aigle des mers",
"Le corsaire rouge"...), à une oeuvre enthousiasmante.
Et pourtant, malgré (ou à
cause de) tout cela, je trouve le résultat plutôt décevant. Non pas
dans l'absolu, mais par rapport à ce que j'en attendais. Il y a tous
les ingrédients, mais comme ajoutés les uns aux autres à la va comme je
te pousse, pour faire riche, pour combler les attentes de diverses
catégories de spectateurs : le fantastique, l'aventure, l'humour, le
vent du large, le trésor, les duels, le coeur de l'héroïne partagé
entre la raison et l'élan spontané... Et il manque, à mon sens, le plus
important pour faire de cette accumulation quelque peu anarchique, une
épopée captivante : le souffle, le panache. Will est un petit héros
sympathique, attachant, mais qui manque cruellement d'envergure. Il se
trouve, de plus, qu'il est le seul personnage masculin détenteur du
rôle de brave, puisque le personnage incarné par Johnny Depp tire
constamment vers la farce. C'est alors Elizabeth qui devient quasiment
le porte flambeau de la virilité agissante. L'histoire, plus
qu'improbable au départ, et même pendant une bonne moitié du parcours,
se clôt d'une manière plutôt opportune, mais au bout du compte, toutes
ces péripéties sont en symbiose avec les choix cinématographiques de
nombreux grands spectacles actuels : beaucoup de clinquant,
d'agitation, de remue-ménage, sans grande portée intérieure. Du
superficiel doré et chatoyant.
Agréable, ludique, parfois
jouissif, mais limité par ses propres choix...