François Pignon (Daniel
Auteuil) est comptable dans une grosse entreprise de préservatifs. Sa
femme l'a quitté deux ans auparavant et son fils ne désire plus le
voir. Il apprend un jour, incidemment, qu'il doit être viré le mois
suivant. Désespéré, il songe à se jeter du haut de son balcon, mais son
nouveau voisin, Belone (Michel Aumont) réussit à l'en dissuader. Bien
plus, il trouve une idée en or pour empêcher le licenciement : Pignon
se fera passer, indirectement, pour un homosexuel. De la sorte, les
patrons le garderont afin de ne pas risquer une attaque pour
discrimination ! Tout se passe effectivement comme prévu. Mais
l'intéressé est loin de se douter des conséquences de son calcul...
Retour du François Pignon nouveau ! Mais grand chambardement dans la
personne de ce brave Français très moyen ! Non pas tellement à cause de
l'arrivée de Daniel Auteuil pour incarner l'individu. Encore qu'à mon
sens, ce choix ne soit pas forcément très adéquat, sans que les
qualités de l'acteur soient en cause. Mais surtout par le changement de
registre qui l'accompagne. Dans les premiers opus de Francis Veber (le
génial "La chèvre", puis "Les
Compères" et "Les Fugitifs") Pierre Richard
envahissait l'écran grâce à sa dégaine lunaire et à son burlesque
d'hurluberlu. Dans "Le dîner de cons", Jacques Villeret, apocalyptique, occupait
tout l'espace de sa masse et de sa bêtise monomaniaque. Dans les deux
cas, même si les tempéraments différaient, François Pignon demeurait le
moteur actif du comique de l'histoire. Ici, Daniel Auteuil est devenu
un François Pignon transparent. Potiche et catalogué comme "chiant" dès
le début du film (ce qui ne transpire d'ailleurs pas de façon forcément
évidente de son allure physique), il le demeure par la volonté du
scénario, puisqu'il ne doit surtout rien changer à son comportement. Il
devient donc un moteur passif et tout le travail comique actif est
dévolu aux autres personnages.
C'est là, à mon avis, que le bât blesse quelque peu, car l'entourage
peine à donner du mordant et du piment à ce sujet dans l'air
du temps. Si l'on excepte le personnage de Michel Aumont, qui ouvre
l'oeuvre sous les meilleures auspices, les autres intervenants ne sont
pas vraiment passionnants. L'évolution psychologique (si l'on peut dire
!) de Felix Santini (Gérard Depardieu), chef du personnel et gros macho
raciste est à son image, c'est-à-dire que ce n'est pas d'une finesse
extrême ! Kopel (Jean Rochefort), directeur de la boîte et Guillaume
(Thierry Lhermitte) font plus de la figuration qu'autre chose. Idem
pour Christine (Alexandra Vandernoot), épouse de Pignon, ainsi que pour
celle de Santini (à la limite du grotesque). Seule Mademoiselle
Bertrand (Michèle Laroque) tire un peu son épingle du jeu. Daniel
Auteuil suit son petit bonhomme de chemin dans la quasi impassibilité
dévolue à son rôle.
Le film semble peiner à trouver ses marques. Ce n'est pas une franche
comédie (on rit assez peu). Ce n'est pas vraiment une étude
psychologique (ou alors bien au ras des pâquerettes et passablement
artificielle). C'est véritablement au spectateur d'aller dénicher le
centre d'intérêt de l'histoire qui, plus encore que l'acceptation de la
différence d'autrui, se situe, à mon sens, dans la puissance
phénoménale de la rumeur et des apparences. A ce titre, "Le placard"
pourrait être une illustration simple et moderne de la pensée du
philosophe antique : "ce ne sont pas les choses qui nous troublent,
mais l'idée que nous nous faisons des choses".
Une assez grande déception cependant...