Charles Eastman (Herbert
Heyes) est le riche directeur d'une entreprise de confection. Il reçoit
un jour la visite de son filleul, George (Montgomery Clift),
auquel il avait promis, lors d'une rencontre quelques semaines plus
tôt, un poste dans son entreprise. Son épouse voit d'un fort mauvais
oeil arriver ce jeune homme pauvre, totalement étranger au monde de
luxe dans lequel elle évolue. Mais, fidèle à sa promesse, Charles
engage le fils de son frère Adrien, avec lequel, apparemment,
les liens étaient plus que distendus. Malgré la mise en garde qui lui a
été faite, George devient amoureux d'une employée, Alice Tripp (Shelley
Winters). Simultanément, il est fort attiré par une élégante juene
femme, riche et désinvolte, Angela Vickers (Elizabeth Taylor), grande
amie de la famille Eastman...
Illuminé par la beauté fragile et lumineuse d'une Elizabeth Taylor âgée
de seulement 19 ans, encore bien éloignée de l'autorité impériale
qu'elle affichera une décennie plus tard dans "Cleopâtre", le film se
concentre sur le personnage énigmatique, ténébreux, de Charles,
idéalement incarné par Montgomery Clift, sans doute l'un des acteurs
les plus attachants et sensibles que le cinema nous ait fait connaître.
Elevé dans le dénuement, subjugué (au sens propre du terme) par une
mère, Hannah (Anne Revere), confite en bondieuseries, dont l'abord
revêche et sépulcral plongerait dans l'athéisme le croyant le plus
exalté, le malheureux jeune homme, fasciné par le luxe et la réussite
qui semblent l'aspirer à l'insu de son plein gré, sombre dans
le mensonge, le calcul et la lâcheté. Ecartelé entre l'amour
envahissant, captateur, d'une Alice, simple, aimante, mais relativement
terne, et l'aura magnétique d'une Angela bouillonnante, spontanée, qui
masque, sous une frivolité superficielle une profonde sensibilité,
Charles devient inconsciemment un criminel en puissance. Le réalisateur
rend superbement son étouffement intérieur, que le sourire mélancolique
et l'enjouement de façade ne parviennent jamais à masquer. Il analyse
avec subtilité la frontière ténue qui sépare l'acte volontaire de
l'intention, de la passivité inconsciente, dont le résultat conduit à
la même issue tragique. Dans le regard de Charles, dans le comportement
de son personnage écrasé par la culpabilité, défile le cortège des
tourments intérieurs, des doutes, des désirs inavouables, des veuleries
émergentes. La mise en scène fait la part belle aux contrastes
ombre/lumière, fidèle en cela à la coexistence permanente de ces deux
opposés dans le tempérament du jeune arriviste. Dommage que la musique
soit à plusieurs reprises envahissante et que le doublage, très daté
années cinquante, passe parfois assez mal aujourd'hui.