Hank Mitchell (Bill Paxton) mène une petite vie tranquille dans une
bourgade isolée. Il n'est pas riche, mais travaille avec sérieux. Sa
femme, Sarah (Bridget Fonda), est enceinte. Un jour d'hiver, en
compagnie de son frère Jacob (Billy Bob Thornton) et de leur copain Lou
Chambers (Brent Briscoe), ils découvrent dans la forêt un petit avion
de tourisme accidenté. A l'intérieur, un sac contenant plus de quatre
millions de dollars ! Après quelques hésitations, Hank accepte de
garder le secret ainsi que la fortune, pendant quelques mois, puis de la
partager en trois parts. Ils apprennent bientôt que les billets
proviennent d'un kidnapping...
Le film aurait pu s'appeler "Le Bon, la Brute, l'Innocent".
Mais, tout comme dans le film de Sergio Leone, les qualificatifs sont à
prendre avec circonspection. Dans les premiers instants, le spectateur a
l'impression qu'il va être précipité dans le monde débridé,
extravagant, des Frères Coen ("Fargo").
En réalité, le ton se révèle très vite fort différent. A partir
d'une base hyper-simple, Sam Raimi compose une chronique réaliste et
désespérée. Développe le constat, certes évident et antédiluvien,
que les liens tant familiaux qu'amicaux ne peuvent longtemps résister
lorsque l'argent présente son visage. Pire, que si des tempéraments
faibles, tels Jacob et Lou, se laissent profondément perturber par
l'irruption d'une possible fortune, ce qui est normal, des
individualités en apparence saines et fortes, telles Hank et Sarah, se
voient plus encore précipités dans la monstruosité. Sans effets
spectaculaires, avec une spontanéité naturelle, l'engrenage infernal
se met tranquillement en place. Et, tandis que les événements se
dramatisent, les personnages dévoilent parallèlement leur véritable
nature, leurs aspirations inavouées, leurs frustrations anciennes.
Certains secrets de famille voient le jour. Si Lou incarne avec peu de
variations "la brute" épaisse, avinée, les personnalités
des deux frères révèlent progressivement leurs limites, mais aussi
leurs richesses insoupçonnées. C'est en particulier le cas pour Jacob,
magistralement habité par Billy Bob Thornton, qui, sans quitter son
état mental limité, met à jour une sensibilité et un altruisme
particulièrement touchants. La narration est lente, les silences
pesants, en osmose avec la nature glaciale, insensible. Il est difficile
d'imaginer que le créateur de "Evil Dead" ait su opérer une
reconversion aussi notoire pour donner naissance à une oeuvre d'une
sensibilité aussi maîtrisée qui, jamais, ne sacrifie à l'efficacité
dramatique.