Los Angeles, capitale mondiale des
braquages. En trois ans, 27 banques ont été dévalisées, sans aucun
mort, par un gang dont les membres se dissimulent derrière les masques
des Présidents. L'agent du FBI Johnny Utah (Keanu Reeves), frais
émoulu, arrive dans la section antigangs. Il fait équipe avec Angelo
Pappas (Gary Busey), peu considéré par ses collègues. Pappas est
persuadé que les coupables sont des surfeurs. Johnny, ancien
footballeur célèbre, décide de s'entraîner et de s'infiltrer
dans ce domaine très fermé. Il fait la connaissance de Tyler
Ann Endicott (Lori Petty) qui lui donne quelques leçons, et de l'ex ami
de la jeune fille, Bodhi (Patrick Swayze). Grâce à des analyses
chimiques, la plage où évoluent les braqueurs est précisée...
Juste après "Blue steel",
qui dénotait déjà de bonnes qualités narratives dans le domaine
policier, qui n'est pas, par essence, féminin, Kathryn Bigelow rempile
avec cette aventure non moins passionnante. L'intrigue de base est loin
d'être d'une originalité folle. Des truands insaisissables, un jeune
flic qui rêve de faire briller sa valeur, une mise en route de
l'équipe, traditionnelle : le coéquipier allumé (pour une fois, Gary
Busey s'est rangé dans la case gendarme, mais le personnage habituel de
criminel déjanté n'est pas loin), le chef, Ben Harp (John C. McGinley),
hystérique envers les subordonnés rebelles, le chevauchement de
plusieurs enquêtes qui se gênent, les courses poursuites... On a déjà
vu cela de nombreuses fois, avant et après cette oeuvre.
Peut-être est-ce une manifestation de la sensibilité féminine de la
réalisatrice, toujours est-il qu'intervient dès le début la notion de
rêve, qui va envelopper la globalité du film. Le tempérament de Bodhi
ne manque ni de charisme ni d'originalité. En quête perpétuelle
d'absolu, de la "vague métaphysique", il est avant tout en lutte contre
l'ensemble des limites, qu'elles soient imposées par la société, ou par
la nature elle-même. Il est rejoint dans cette course folle
avec la mort, dans son désir d'exister sur deux plans différents, par
Johnny, obsédé conjointement par le désir d'arrêter le coupable et la
sympathie pour un dépassement de soi qui le rend presque frère de
celui-ci. La progression de l'histoire se fait de manière intelligente
et magnétique, passant graduellement d'une manifestation rebelle non
violente et presque sympathique, à une tragédie où la mort gagne à tous
les coups.
Sur le plan de la trame policière pure, on a déjà vu beaucoup plus
fascinant. Sur celui de l'habillage humain qui enveloppe le sujet,
c'est une fort belle réussite, qui se clôt dans un dénouement subtil et
mélancolique.
N.B. Bodhi se fait appeler
par ses copains : "Boddhisattva". Le "Boddhisattva" est un être de pure
compassion, qui renonce à la libération définitive pour aider les
hommes à trouver leur délivrance ! En l'occurrence, il libère surtout
les banques de leur contenu...