1870. James Averill
(Kris Kristofferson),
Billy Irvine (John Hurt) et tous leurs camarades fêtent la fin de
l'année universitaire. Beaucoup pensent qu'un avenir glorieux les
attend. Mais tout n'est pas rose dans les Etats-Unis de la fin du
dix-neuvième siècle. Deux décennies plus tard, dans le Wyoming, un
groupe d'éleveurs, lassés de voir les immigrants envahir leur contrée,
forment une association de défense. James, devenu shériff, apprend de
Billy que les membres, sous la houlette de Frank Canton (Sam
Waterston), ont voté un projet insensé : éliminer plus d'une centaine
de personnages influents considérés comme voleurs de bétail,
anarchistes ou hors la loi...
Film maudit, (générateur de la ruine de l'United Artists), d'un
réalisateur qui ne l'est pas moins. Car, hormis "Voyage au bout de l'enfer",
dont le statut de chef-d'oeuvre n'a jamais été remis en cause, et, à la
rigueur, "L'année du dragon",
les rares autres réalisations de Michael Cimino ont été souvent plus
que contestées. Il faut dire que la fresque qui nous est présentée ici
en version courte (tout de même 2h30 !) justifie bien difficilement les
délires créatifs mégalomaniaques dont a fait preuve, paraît-il son
auteur, au cours du tournage. La version longue (3h30) change-t-elle la
donne, c'est possible. Toujours est-il que, dans le cas présent, bien
que développée sur un canevas proche de celui de "Voyage au bout de l'enfer",
l'épopée peine grandement à captiver. Pour de multiples
raisons.
Tout d'abord, un déséquilibre général qui fait que, durant un
interminable prologue de 80 minutes, dans lequel il ne se passe pas
grand chose, ni dramatiquement, ni psychologiquement, l'ennui
s'installe sans rémission. La reconstitution somptueuse, le goût du
réalisateur pour les rites festifs étirés (le bal de l'université,
l'anniversaire d'Ella Watson (Isabelle Huppert), apportent assurément
une agitation haute en couleurs. Malheureusement, la gratuité de ces
séquences et le monde autarcique, impénétrable, au sein duquel évoluent
des personnages abstraits, lointains, médiocrement intéressants, pour
cause de caractérisation fantomatique, rebutent
inexorablement.
Ensuite, la pâleur chronique qui, durant un long moment, imprègne le
fondement dramatique. L'histoire semble fréquemment passer aux
oubliettes, puisqu'il faut attendre une heure et demie pour que le
drame s'épaississe enfin. Quelques individualités émergent alors du
magma originel. La trame se resserre aussi autour des deux pôles
majeurs : l'amour d'Ella, déchirée entre deux hommes, et le combat
inégal, désespéré, des immigrants contre l'appétit vorace de quelques
richissimes colons criminels. Soutenus, comble de la honte, par les
autorités gouvernementales ! Le film en devient-il plus captivant pour
autant ? Pas vraiment ! Malgré la relative émergence d'une ardeur
interne jusqu'alors absente, il faut une sacrée dose de bonne volonté
pour entrer en résonance avec le destin tragique des personnages,
qu'ils soient secondaires ou centraux. Tous, à l'exception peut-être
d'Ella (dont la chaleur expressive n'est pourtant pas la qualité
première), ont un mal fou à prendre vie sous nos yeux, à provoquer une
sympathie spontanée (Christopher Walken, inoubliable dans "Voyage au bout de l'enfer",
paraît dans le cas présent bien falot). D'autant plus que, si le
clinquant superficiel de la première partie s'est effacé, c'est le
brouhaha confus des combats qui envahit la seconde. Quant aux espaces
paisibles, intimistes, on ne peut pas dire qu'ils brillent par leur
magnétisme. La démesure esthétique peut être un élément positif,
bénéfique, à condition qu'elle serve le récit ("Gangs of New-York"),
l'enchâsse dans un écrin soigné pour mieux le mettre en valeur. Ici,
elle semble, au contraire, l'étouffer inexorablement. Et ce n'est pas
le final, plaqué de manière complètement abrupte sur une trame déjà
cireuse, qui relève l'enthousiasme. De magnifiques paysages, un sujet
historiquement intéressant, une belle distribution, mais, en
définitive, une version "courte" désincarnée qui imprègne bien peu la
mémoire. C'est triste ! Un petit 4 étoiles (pour la splendeur picturale
de l'oeuvre...).
Film sur
IMDB