Nous sommes en 2013, dans
l'Utah. Le monde civilisé et ordonné a totalement disparu. Ne
subsistent, tout au moins dans les anciens "Etats-Unis", que
quelques villages où se terrent des survivants affamés et
désespérés. Un homme (Kevin Costner), accompagné de son cheval,
joue, au fil de ses déplacements, du Shakespeare pour obtenir quelque
nourriture et un logement. Un jour, il est capturé par le
"Général" Bethlehem (Will Patton), chef d'une bande de
pillards, les "Holnistes", qui se donnent l'apparence d'une
armée en constitution. Ayant réussi à s'échapper, il découvre le
cadavre d'un postier, mort depuis bien longtemps. Il endosse son
uniforme, se saisit du courrier que le mort transportait, et arrive dans
un village. Le Shériff du lieu, Briscoe (Daniel von Bargen), voit d'un
très mauvais oeil la venue de cet étranger, mais la population, ravie
d'avoir enfin des nouvelles de l'extérieur, fait du nouveau
"Postier" son idole...
Après avoir donné naissance, sept ans plus tôt, à son mémorable
"Danse avec les loups", modèle d'inspiration poétique,
comment Kevin Costner a-t-il pu concocter cette machinerie aux ficelles
hénaurmes ? Il faut dire que, précédemment, "Waterworld"
avait déjà flirté avec les abîmes du grotesque. Dans le cas
présent, le héros de "Bodyguard",
déjà réalisateur adjoint sur le film de Kevin Reynolds, assume seul
l'entreprise. Celle-ci se révèle, c'est un euphémisme, déconcertante
!
A la manière d'un véhicule hybride, capable de passer successivement
de l'énergie essence à l'électricité ou au bio-carburant, le film
oscille constamment entre des genres divers. Tantôt nous sommes dans le
western, tantôt dans l'épopée futuriste type "Mad
Max", tantôt dans le romanesque larmoyant, tantôt dans le
patriotique façon Mel Gibson, tantôt dans le mythe universel. Et tout
cela s'étire interminablement sur trois heures. Le handicap majeur de
l'ensemble réside dans son incapacité à tenir ses différents
approches de manière harmonieuse et digne. Dommage, car le sujet en
lui-même (redonner à l'homme l'espoir de la liberté grâce à la
circulation de l'information) est aussi original que pertinent. Mais la
meilleure bonne volonté est trop souvent mise à mal pour que le
spectateur puisse garder son sérieux devant les "trouvailles"
du réalisateur. Il serait intéressant, d'ailleurs, de connaître le
roman d'origine, pour voir de quelle manière son auteur, en
l'occurrence scénariste, a modulé le récit pour donner naissance à
cette construction bâtarde. De majestueux travellings nous font
découvrir le repaire minier des "Holnistes", et nous sommes
dans l'univers de l'aventure épique. Dans la séquence suivante, les
prisonniers huent le projectionniste qui présente "Universal
Soldier" et réclament à corps et à cris "La Mélodie du
Bonheur" ! Autant dire que dans le genre "comment casser une
atmosphère soigneusement installée", il n'est guère possible de
trouver plus efficace ! Et le reste est à l'avenant.
Pourtant, malgré les défauts et excès en tous genres qui émaillent
la narration (héroïsme maladroit, patriotisme primaire, cassures de
rythme, langueurs boursouflées...), l'enthousiasme naïf dans lequel
baignent les personnages "positifs" finit par imposer
ponctuellement sa marque. Le découragement fait baisser les bras devant
certaines scènes (ah les ralentis générateurs de larmes aux yeux...),
mais l'envie persiste de suivre jusqu'au bout cette quête infantile de
l'Eden. Désarmant, il n'y a pas de doute...