Will (Hugh Grant) a 38 ans, et n'a jamais travaillé
de sa vie, son père ayant jadis composé une chanson "la fusée du père
Noël", qui, devenue "tube", lui rapporte des droits d'auteurs
conséquents. Son unique occupation consiste à regarder la télévision
et, surtout, à draguer. Si la réussite dans ce domaine est
incontestable, les ruptures sont parfois traumatisantes. Après une
énième et courte liaison avec Angie (Isabel Brook), mère célibataire
d'un fils de trois ans, une illumination s'opère dans l'esprit de Will
: les femmes seules avec enfant constituant un mets de choix, c'est
dans cette catégorie qu'il faut effectuer sa chasse ! Il s'invente donc
un fils de deux ans, Ned, et participe aux réunions régulières des
parents solitaires. C'est là qu'il rencontre la belle Suzy (Victoria
Smurfit) mère d'une petite Megan. Mais, à leur première sortie, la
jeune femme amène Marcus (Nicholas Hoult), fils de son amie Fiona (Toni
Collette), éternellement en dépression...
Hugh Grant endosse une nouvelle fois l'habit qu'il connaît bien (
depuis le jubilatoire "4 Mariages, 1 enterrement" ), celui du dragueur
cynique, qui ne voit dans la femme qu'un gibier à consommer rapidement
et à jeter après épuisement. Dès l'ouverture de l'histoire, il se
définit d'ailleurs clairement, en voix off : "une île dévolue au
plaisir", en l'occurrence Ibiza. Expert incontesté dans le
domaine de l'égocentrisme programmé, il divise ses journées en
séquences de trente minutes, accordant à chaque activité un certain
nombre d'unités. Il est insipide, superficiel à l'extrême, mais sa
longue pratique de l'hypocrisie lui permet le plus souvent de donner le
change. Autant dire que ce rôle va comme un gant à Hugh Grant qui
semble, à l'instar de Dorian Gray, ne pas connaître les effets du
vieillissement.
Bien évidemment, cette façade rutilante ne va pas tarder à
présenter ses premières lézardes. Par la grâce d'un pré-adolescent en
crise ( lui aussi commente en voix off sa "vie de merde" à l'école et à
la maison ), le coeur, qui était en congélation permanente dans la
poitrine du séducteur, va se réchauffer lentement, très
progressivement, au gré de séquences tantôt dramatiques, tantôt
émouvantes, toujours amenées avec sensibilité et justesse. Nicholas
Hoult campe avec une grande authenticité ce garçonnet opprimé par le
destin, souffre-douleur des imbéciles de l'école, dans l'angoisse
permanente d'une tentative de suicide maternelle, qui trouve néanmoins,
au fond de son être, l'énergie nécessaire à la création du bonheur.
Quitte à affronter le ridicule d'une catastrophe annoncée, comme dans
la belle scène du spectacle final. Toni Collette est criante de vérité
dans le rôle de mère dépressive, totalement dépassée dans sa mission
quotidienne maternelle, mais n'ayant jamais coupé le fil d'amour qui la
relie à son fils.
Quelques petites baisses de rythme parsèment l'ensemble, mais ne
ternissent aucunement la réussite de cette comédie sérieuse et
touchante, intelligemment construite, dans laquelle Hugh Grant casse
son personnage lisse et hautain de bellâtre égoïste.