Avoir Melvin Udall (Jack Nicholson) comme voisin et
copropriétaire n'est pas une sinécure ! Il est insolent, agressif avec
son voisin homosexuel, Simon Bishop (Greg Kinnear), dont, à l'occasion,
il balance le chien dans le vide-ordures, méprisant et lâche.
Pourtant, il est auteur à succès, et se permet d'écrire sur l'amour !
Son principal contact avec le monde extérieur se résume aux repas
qu'il prend dans le restaurant voisin, toujours servi par la jolie Carol
Connelly (Helen Hunt). Le destin va se charger de secouer ses habitudes
misanthropiques. Simon, agressé par des cambrioleurs, est hospitalisé.
Son compagnon, Frank Sachs (Cuba Gooding Jr.), oblige Melvin à garder
le chien. Puis c'est Carol qui quitte momentanément son service, pour
soigner son fils asthmatique, ce qui perturbe définitivement le cadre
rigide de l'écrivain...
La confrontation de deux tempéraments opposés, qui, de l'agressivité
pure, vont progressivement passer à l'acceptation, voire à l'amour,
est une source inépuisable de scénarios où la comédie le dispute à
la gravité mélancolique. Jack Nicholson nous a récemment fourni, avec
Diane Keaton, une sympathique variation sur ce thème ("Tout
peut arriver"). Ici, il
n'est pas question de sexagénaire en proie aux affres de l'épuisement
prochain de la libido, mais à un cas pathologique sérieux, ce qui lui
convient tout aussi bien ! Sujet, comme le déclare son psychiatre, à
une "paranoïa compulsive émotionnelle", il tourne cinq fois
la clé dans la serrure de sa porte, manie cinq fois l'interrupteur
avant d'allumer, apporte ses couverts en plastique au restaurant, et, ce
qui est plus gênant pour son entourage, manie l'insulte avec une
maestria explosive (envers plus faible que lui).
Mais, on l'aura deviné, le pire négatif n'est jamais que du positif
non manifesté. Et le charme d'Helen Hunt, associé à une noblesse
intérieure spontanée, est capable de soulever des montagnes
d'indifférence et de malveillance. Nous savons dès le départ,
que l'évolution se fera dans le sens d'un rééquilibrage de cette
personnalité plus que perturbée. Ce qui surprend agréablement, dans
le traitement de l'histoire, c'est qu'il ne sacrifie jamais au
clinquant, à l'artificiel. Le changement ne métamorphose pas un noir
foncé en un rose bonbon factice, mais en un gris dans lequel
apparaissent quelques veines rosées, annonciatrices, peut-être, d'une
guérison future et d'une harmonie amoureuse difficilement édifiée.
Comme pourrait le faire Simon dans l'une de ses créations artistiques,
le réalisateur compose, à coups de petites touches, par le biais d'une
multitude de mini-apprentissages, non pas un tableau idyllique final,
dans lequel les amoureux vivent une union parfaite, mais une esquisse de
ce qui pourra, éventuellement, donner naissance à une harmonie des
coeurs et des comportements. Cet apprentissage de la sociabilité permet
à Nicholson de se régaler, autant dans un cabotinage où il est passé
maître, que dans des attitudes plus subtiles, lorsque l'image de
lui-même que lui renvoient les deux autres membres du trio le placent
en face de son incapacité foncière à communiquer sainement.
L'ensemble, assurément un peu long, aurait peut-être gagné à un
raccourcissement d'une vingtaine de minutes. Mais, telle quelle,
l'oeuvre se place bien au-dessus du tout-venant des comédies
américaines qui fleurissent depuis quelques années. Intelligent,
merveilleusement joué par Jack Nicholson, Helen Hunt et Greg Kinnear,
le film distille un rire amer, une mélancolie digne, et, si le
pathétique pointe parfois le museau, le larmoyant facile est toujours
sagement évité. Si l'on ne devait retenir qu'une phrase, ce serait
celle, douloureusement accouchée par Melvin, tant proférer un
compliment lui est une épreuve surhumaine, qu'il adresse à Carol :
"Vous m'avez donné envie de devenir meilleur"...