Solange (Carole Laure) est dépressive depuis
plusieurs mois. Elle ne sourit plus, ne mange quasiment plus et passe
ses journées à tricoter. Son mari, Raoul (Gérard Depardieu),
propriétaire d'une auto-école, ne supporte plus cette situation. Un
jour, dans une brasserie, il pète les plombs et propose sa femme, qui,
suppose-t-il, a un besoin impérieux de changement, à un convive
inconnu, Stéphane (Patrick Dewaere). Celui-ci, professeur de
gymnastique à Béthune, finit par accepter l'offre, malgré le scabreux
de la situation. Mais, contre toute attente, ce changement ne provoque
aucun effet salvateur sur la jeune femme...
Bertrand Blier, qui avait dégoupillé, quatre ans plus tôt, un premier
film truculent et dérangeant (pour l'époque !), avec "Les Valseuses", choisit ici
un sujet en théorie délicat : le lien affectif et sexuel qui se crée
entre une adulte et un adolescent. Peut-être vaguement inspiré, en
cela, par l'histoire réelle de Gabrielle Russier, survenue plusieurs
années auparavant. La surprise, excellente, ne surgit pas,
paradoxalement, de la provocation morale qu'on aurait pu attendre, mais
de la profonde délicatesse avec laquelle il glisse dans l'évidence de
l'amour entre l'enfant et celle qui a l'âge d'une mère. Certes, dans la
première moitié de l'histoire, nous retrouvons le Blier caustique,
habile jongleur de paroles mordantes, de saillies décalées, de
répliques saignantes (la médecine et ses représentants en prennent pour
leur grade !). Délicieusement servis par le couple Depardieu-Dewaere en
grande forme, les dialogues, qui malaxent emphatisme, crudité, fausse
ingénuité, lyrisme anatomique, philosophie à l'emporte-pièce, sont un
véritable régal. Carole Laure, sculturale beauté majestueuse, réussit
l'exploit, dans sa passivité, d'être un soleil vers lequel se
focalisent tous les regards.
Puis, le ton évolue imperceptiblement. L'apparition de Christian (Riton
Liebman), le surdoué souffre-douleur de la colonie, signe la fin
programmée du règne de l'homme-macho. L'intelligence précoce, la
spontanéité et la pureté enfantines phagocytent le coeur sensible de la
femme. Bertrand Blier met en veille son mordant souvent clinquant, et
offre, avec poésie, tendresse, une ode magnifique à la floraison de la
tendresse et de la joie intérieure. L'humour devient plus visuel
qu'auditif (les "proies" de Solange se retrouvent toutes avec des pulls
de la même couleur, tricotés par ses doigts diligents, ce qui n'est pas
sans rappeler la rencontre cocasse de Roger Hanin et Eddy Mitchell dans
le sympathique "Attention! Une femme peut en cacher une autre" (1984)).
Et si le dénouement laisse, avec juste raison, un goût plus qu'amer
dans les gosiers du tandem Raoul-Stéphane, il permet à une
vie nouvelle d'éclore dans un giron harmonieux, bercé par la sublime
"Mélodie Hongroise" de Schubert...
Un régal.