Alfred Borden (Christian
Bale), un célèbre magicien, est arrêté et condamné à la pendaison
pour avoir provoqué la mort de l'un de ses confrères, Robert Angier
(Hugh Jackman). Retour quelques années plus tôt, en 1897. Les deux hommes sont
partenaires, jusqu'au jour où l'épouse du second, Julia (Piper
Perabo), se noie au cours d'un spectacle. C'est Alfred qui avait noué
les liens dont elle n'avait pas réussi à se défaire. Persuadé qu'il
a agi intentionnellement, Angier devient un adversaire acharné de son
ex-coéquipier, et tente de le surpasser dans l'excellence de la magie,
tout en le punissant de son supposé forfait...
Est-ce un hasard du calendrier, ou une vague inspiratrice issue du
cosmique, toujours est-il que ce film est sorti quasiment en même temps
que "L'Illusionniste". La
similitude s'arrête cependant au monde de la magie, fondement des deux
drames, car l'oeuvre de Christopher Nolan se révèle infiniment plus
énigmatique et riche que celui où brillait Edward Norton. La trame
classique adoptée par Neil Burger est ici dynamitée par un va et vient
permanent dans le temps, dans les méandres des cerveaux illuminés par
l'orgueil, la haine et la jalousie, au point, d'ailleurs, que la clarté
se trouve parfois réduite. L'attention doit être constante pour suivre
les deux ensorceleurs dans le cheminement de leurs évolutions
psychologiques et de leur quête du spectacle absolu.
Amateur de constructions tordues (on se souvient de son "Memento"
narré à l'envers), Christopher Nolan expérimente ici un échafaudage
plus classique, mais presque plus embrouillé encore. A coups de
retours dans le passé, de lectures de journaux personnels
manipulateurs, de façonnages d'illusions, tant dans les spectacles
publics que dans les relations humaines, le spectateur est bousculé,
mystifié, avec d'autant plus d'efficacité que l'histoire se déroule
dans un cadre naturel et une vraisemblance confondants. Le réalisateur joue
moins sur les effets spectaculaires et un crescendo attendu vers une
apothéose volcanique, que sur l'affrontement psychologique de ces deux
ennemis. Leurs actions et intentions, loin de suivre les autoroutes
balisées du Bien et du Mal, empruntent avec délices et inventivité de
subtils chemins de traverse, qui rendent ce voyage dans l'imposture
aussi magique que fascinant. Même si l'affrontement des deux têtes
d'affiche tient le haut du pavé, les seconds rôles qui les entourent
(conjoints, associés) possèdent tous une réelle présence tant
psychologique que dramatique, et contribuent à épaissir un tissu
déjà copieusement rempli. La réussite de l'oeuvre réside au premier chef dans sa
capacité d'extraire l'illusion de la scène, pour l'introduire dans le
quotidien des protagonistes. A ce titre, le personnage d'Olivia
Wenscombe (Scarlett Johansson), ballottée entre Borden et Angier, est
symbolique de cette tromperie universelle. Mais l'histoire visite
également d'autres domaines passionnants, notamment dans la créativité de ce
génie méconnu, et surtout décrié, qu'était Nikola
Tesla.
Parfois brumeux, mais envoûtant de bout en bout.